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Nº 2717 du Vendredi 04 Decembre 2009


 
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Michel Tabet, anthropologue
Achoura vue autrement

Michel Tabet est anthropologue. Il a présenté sa thèse sur le thème de l’islam en filmant le rituel de Achoura 2006, à Nabatiyé. A travers Les larmes de Hussein, il pousse le spectateur à se forger luimême un avis sur l’islam.

Pourquoi avoir choisi le rituel de Achoura pour votre thèse?
Vivant en France depuis un moment, je voulais travailler sur les rituels. J’avais déjà fait un travail de DEA sur le sujet, mais c’était du théorique, alors que je voulais du pra tique. Je voulais aussi connaître l’islam et revenir au Liban. Puis au hasard des ren contres… je suis allé à Nabatiyé; j’y ai rencontré plusieurs personnes, je leur ai expli qué mon projet, et ils ont accepté, sinon j’aurais changé de sujet. Mais, Libanais rési dant en France, ce qui est aussi important pour moi, c’est de montrer du chiisme une autre image que celle de terroriste qui est attribuée au Hezbollah… Du coup, le cas de Nabatiyé m’a paru intéressant, car il s’agit d’une Achoura où on a, côte à côte, la famil le de cheikh Sadeq, qui organise la cérémonie, les institutions locales, le mouvement Amal et le Hezbollah. C’est, en fait, un concentré de la situation chiite aujourd’hui. Et c’est ce qui m’intéressait de montrer.

Le rituel par définition se prête à ce genre de travail…
Oui, tout a fait. Il y a une difficulté à décrire le rituel en anthropologie. Quelques cinéastes avaient commencé à travailler làdessus. Mais c’est vrai qu’avec la vidéo, cela devient plus facile. Le fait de passer par l’image ravive l’approche qu’on avait des rituels qui étaient figés dans des moules classiques. L’image a eu pour effet de transformer la manière de travailler.

Le film estil destiné à une projection privée ou dans des festivals?
Il a été projeté dans plusieurs festivals. Au Liban, dans le cadre de ..né.à Beyrouth, mais aussi dans des festivals au Brésil, en Angleterre, en France. C’est important pour moi de ne pas rester dans une anthropologie spécialisée. La démarche anthropologique à travers l’image est aussi un moyen de désenclaver la discipline, de proposer au public d’autres images que celles qui sont véhiculées par les médias. Chacun a sa fonction, mais je crois que les anthropologues ont aussi leur partition à jouer.

Donc votre travail se situe entre celui du journaliste et du caméraman…
Beaucoup d’anthropologues étaient journalistes, aux EtatsUnis surtout. En France, il s’agit plutôt de réalisateurs, au carrefour du documentaire d’auteur et du journalisme. Mais la grande différence est le temps que nous avons à travailler sur une question. Ce temps nous permet d’approfondir les relations avec les gens. Le journalisme impose une sorte de vitesse. L’anthropologue, lui, prend le temps de rester sur place.

Dans le film, vous établissez aussi un parallèle entre le rituel et la guerre de 2006.
Les images de la guerre ont été filmées par un habitant de Nabatiyé, Ali Zibawi, qui est chargé de la télé locale. Mais il y a surtout des images de cheikh Sadeq visitant des abris. C’était important à montrer, tout comme le charisme du cheikh est important dans le rituel. Il incarne la continuité de la famille Sadeq qui a fondé la Achoura de Nabatiyé. Sans lui, la cérémonie aurait eu un autre visage. Il est le garant de la tradition.

Pouvez-vous nous exposer rapidement votre méthode de travail?
Je travaille beaucoup sur l’observation. J’essaie d’être le plus discret possible, de capter les choses telles qu’elles m’apparaissent. Surtout dans des cas de figure comme l’islam que beaucoup de discours essaient d’expliquer. Le film ethnographique peut, juste en montrant comment les choses se passent, permettre à chaque spectateur de se forger un avis. PROPOS RECUEILLIS PAR NAYLA RACHED

BEIRUT MEDIA FORUM
Michel Tabet a participé au forum qui a eu lieu le vendredi 20 novembre à l’Esa. Au cours de la séance sur le thème Mobilisations religieuses, présidée par le sociologue libanais Talal Itrissi, Tabet a exposé la manière de «filmer le rituel», la méthode que l’anthropologue utilise pour négocier sa position sur le terrain et celle avec laquelle il place sa caméra. A son tour, l’historien danois Jakob SkovgaardPeterson a montré la manière dont, en Egypte, les ulémas sont perçus dans les médias, dans les films, à la télévision, axant surtout sa démonstration sur le rôle du prêche. Finalement, l’anthropologue français JeanClaude Penrad a puisé dans son expérience en Afrique l’instrumentalisation de l’image, le rapport de forces qui s’établit via cet outil, le pouvoir qui se met en scène.

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