Pas un jour ne passe sans que des aberrations et des absurdités ne nous rappellent les limites du système politique libanais et ne soulignent l’urgence d’une réforme majeure, capable de doter le pays de structures modernes et efficaces. Si l’on regarde de plus près, on réalise que le pays fonctionne depuis près de cinq ans – et bien avant mais le phénomène était moins manifeste – avec des institutions figées. Le Parlement 2005 est resté au chômage forcé la majeure partie de sa législature: le premier gouvernement Siniora ne pouvait exercer son pouvoir qu’à l’intérieur des murs du Grand sérail, le second n’était que le reflet des nouveaux rapports de forces imposés par les événements du 7 mai; l’armée a dû faire de l’équilibrisme pour préserver son unité mais a prouvé, à Nahr alBared, qu’elle était capable d’atteindre ses objectifs lorsqu’elle jouit d’une vaste couverture politique; l’administration, sclérosée et ottomane, essaye, tant bien que mal, de fournir aux citoyens les services basiques. On aurait pu espérer que les dernières élections législatives inaugurent une phase nouvelle dans la vie publique. Mais c’était mal connaître la réalité de notre système politique et la nature des problèmes auxquels il est confronté. La «formule» libanaise, portée aux nues par certains, comporte intrinsèquement les freins qui l’empêchent de fonctionner normalement et encore moins d’aller de l’avant. Les considérations communautaires et confessionnelles sont présentes, non seulement dans les détails de la vie politique, mais aussi dans les moindres aspects de notre quotidien. Ainsi, chaque débat, projet ou échéance est immédiatement broyé par cet engrenage et se transforme, ou fait l’objet, de stériles polémiques. C’est le cas, par exemple, du vote à 18 ans, du découpage des circonscriptions pour les prochaines élections municipales ou encore des nominations administratives. Ces mêmes considérations communautaires sont également présentes dans les relations extérieures du pays. Les représentants des chiites exigent que le Liban boycotte le prochain sommet arabe prévu en Libye en raison de l’affaire de l’imam Moussa Sadr. Chaque communauté a donc sa propre vision de la politique étrangère, qu’elle ne peut évidemment pas imposer aux autres communautés, mais qu’il est, malgré tout, difficile pour les autres d’ignorer, sous peine de fragiliser la cohésion interne. Ce n’est pas avec ce genre d’outils ou de telles mentalités que le Liban peut avancer vers la modernité.
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Le président iranien a fait subitement marche arrière dans le dossier du nucléaire. Il a annoncé que son pays était disposé à procéder, avec l’Occident, à un échange d’uranium faiblement enrichi contre de l’uranium enrichi à 20%. Cette concession est d’autant plus surprenante que Mahmoud Ahmadinejad a été contraint de rassurer, publiquement, ceux qui, au sein de son gouvernement, exigeaient que ce troc se fasse sur le territoire iranien et d’une manière simultanée. C’est à dire que pour chaque quantité d’uranium livrée par l’Iran, une quantité similaire lui serait remise immédiatement. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette concession de Téhéran est plus un mauvais qu’un bon signe. Si l’Iran s’est vu obligé de faire un pas en arrière, c’est qu’il a senti que les menaces pesant sur lui sont sérieuses et imminentes. Ce développement s’accompagne de plusieurs autres indices inquiétants. Israël, qui multiplie les déclarations belliqueuses depuis plusieurs semaines, a élargi le spectre de ses menaces, y incluant la Syrie. Il y a une dizaine de jours, l’armée israélienne a menédes manœuvres à munitions réelles, simulant une guerre contre la Syrie. Et, pour la première fois, le régime syrien a riposté avec virulence, affirmant que le prochain conflit ne sera pas localisé mais global et que les villes israéliennes ne seraient pas épargnées – comprendre par les missiles syriens. La tension régionale a atteint un point critique, mais la guerre n’est pas inévitable et, de toute façon elle n’aura pas lieu dans un proche avenir.