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Nº 2730 du Vendredi 05 Mars 2010


 
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ÉDITORIAL

 


La haine

La haine est le titre du film de Mathieu Kassovitz’s. C’est un film noir sur la violence dans les banlieues parisiennes. Il augurait de la vague de brutalité qui allait déferler sur la France sur fond de confrontation raciale et religieuse entre immigrés et nationaux de souche. Pour ne pas être en reste, Damas et TelAviv reprennent ce scénario, la haine, mais en font un film apocalyptique de mauvaise facture. D’un côté, le président Ahmadinejad ainsi que Hassan Nasrallah et Khaled Mechaal prédisent à Israël sa disparition, si elle s’aventurait dans une nouvelle guerre. De l’autre, le Premier ministre israélien et ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères promettent au Liban, à la Syrie et à Gaza des destructions à grande échelle et un renversement de régime. L’Iran, lui, vit sous la menace de l’arme nucléaire que possède Israël, sans l’avouer. Dans ce numéro, Paul Khalifeh étudiera les véritables risques de guerre à la lumière d’une lecture analytique des positions des différents protagonistes. Je voudrais me placer en amont de cette approche et relever le degré de férocité auquel sont arrivés les différents acteurs dans leurs menaces. Certes, lors du sommet de Khartoum, au lendemain de la guerre de 1967, les Arabes avaient clairement refusé la reconnaissance d’Israël. Certes, l’Etat hébreu, en colonisant la Cisjordanie, manifestait sa vision expansionniste. Mais les protagonistes n’étaient pas tout à fait les mêmes. Les pays arabes et les Palestiniens étaient dirigés par des laïcs, croyaient à l’utopie socialiste d’un monde meilleur et, au sommet de Bandung en 1956 avec l’Inde et Cuba, prônaient la fraternité entre les hommes de races et de religions différentes. La conférence de Madrid, en 1991, devait entériner la reconnaissance d’Israël par le monde arabe. Les premiers sionistes, également laïques et socialistes, avaient accepté d’abord un partage de la Palestine en deux Etats. Après la guerre de 1973, ils restituèrent à l’Egypte le Sinaï et se résolurent à Oslo de reconnaître l’OLP, c’estàdire accepter le droit des Palestiniens à un Etat souverain. Cette reconnaissance mutuelle est certes, avant tout, politique, mais elle a l’avantage d’exister. Elle fut arrachée de haute lutte. Malgré tous les revers essuyés par les armées arabes et l’OLP, le maintien de la lutte armée et la révolte des pierres en Cisjordanie ont épuisé les deux camps, prêts au martyre, mais aussi soucieux de se préserver une chance pour une vie meilleure même au prix de concessions. Que s’estil passé depuis? Une mauvaise conjoncture a vu apparaître un revivalisme religieux extrémiste, tant aux EtatsUnis avec les néoconservateurs alliés aux évangélistes, que dans le monde musulman, qu’en Israël avec la montée fulgurante des partis religieux. Pour ceux qui imputent l’émergence de l’islamisme à l’injustice faite aux Palestiniens, je réponds que si c’en est une cause, ce n’est pas la seule qui expliquerait cette vague qui s’étend de la Chine à la Mauritanie. Le phénomène du renouveau religieux est planétaire et dépend de causes beaucoup plus complexes. Toujours estil que la religion aujourd’hui est vécue comme au moment les plus sombres de son histoire. Elle est exclusive, ne reconnaît plus l’Autre. Elle est d’autant plus dangereuse, qu’ayant renoncé à la raison, au libre arbitre, à la liberté des individus, à la primauté de l’homme sur l’idéologie, elle se sert de la science à des fins destructives. Ceci est le revers de la modernité sans éthique, que la religion telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, loin de compenser ce déficit, l’aggrave. C’est pour cela sans doute, qu’au sommet de Damas, Assad le laïc semblait le moins enthousiaste pour une guerre généralisée. AMINE ISSA

 
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