Bien qu’absorbés par les difficultés de la vie quotidienne, les Libanais n’en remarquent pas moins que la scène politique locale est balayée par des rumeurs contradictoires, tantôt optimistes tantôt pessimistes, au sujet de l’évolution de la situation gouvernementale. Des milieux politiques du 14 mars et de l’opposition établissent un lien direct entre un gouvernement sorti brusquement de sa torpeur et l’intensification de l’activité diplomatique au niveau de la région. Après quatre mois de léthargie, le gouvernement, que l’on disait agonisant, semble être pris d’une ferveur inhabituelle. Les nominations administratives, judiciaires et autres, bloquées depuis des années, ont été mises sur les rails, même si elles n’ont encore lieu qu’au comptegouttes. Le projet de loi sur les élections municipales, objet d’interminables débats en Conseil des ministres, a finalement été approuvé avec des réformes inédites et transférées au Parlement. Le projet du budget 2010 devrait suivre. Au Liban toujours, le dialogue national sur la stratégie défensive a repris, tout aussi subitement, huit mois après la fin des élections législatives. En parallèle, la médiation turque entre Israël et la Syrie semble revigorée. Ankara, qui a dépêché son ministre des Affaires étrangères à Damas, évoque désormais «un climat propice» à la reprise des négociations indirectes entre les deux pays. Sur le volet israélopalestinien, Washington a lancé une nouvelle offensive diplomatique, mettant à contribution le viceprésident Joe Biden en personne, pour tenter de relancer les négociations bilatérales. Ce tableau idyllique est cependant écorné par d’autres faits et informations qui tendent à présenter une image totalement opposée. Sur le plan libanosyrien, aucune amélioration n’a été enregistrée dans la relation entre Damas et Saad Hariri. Selon des informations sûres, le chef du cabinet du Premier ministre, Nader Hariri, aurait appelé, la semaine dernière, la conseillère du président Bachar elAssad, Bouthaina Chaaban, pour arranger un rendezvous téléphonique entre les deux hommes. Le chef de l’Etat syrien n’a plus jamais rappelé. Le chef du gouvernement syrien qui devait, par ailleurs, effectuer une visite à Beyrouth juste après le voyage de Saad Hariri à Damas, en décembre, se fait toujours attendre. La Syrie estime que les discours de certains membres du bloc parlementaire de Hariri et du Courant du futur lui sont toujours aussi hostiles, «comme si la page du passé n’avait pas été tournée». De même, Damas reproche à Hariri d’avoir tenu des propos «irrévérencieux» sur les relations bilatérales lors de sa visite au Koweït, lorsqu’il a comparé les rapports entre le Liban et la Syrie à ceux qui existaient entre l’Irak et le Koweït à l’époque de Saddam Hussein.Ce climat malsain a contraint le souverain saoudien à dépêcher son fils à Damas pour éviter une plus grave détérioration des relations. Cette intervention semble avoir donné ses fruits, puisque l’on reparle, maintenant, d’une visite de Hariri en Syrie en avril, à la tête d’une importante délégation ministérielle. Selon des informations sûres, Damas «souhaite, d’ici là, un changement de ton de la part de l’entourage de Hariri, sans quoi la date de la visite ne sera pas confirmée». Ces mêmes sources ajoutent que le «timide déblocage de l’action gouvernementale» est à mettre au compte de cette initiative saoudienne, précisant que le gouvernement continuera de fonctionner à un rythme lent en attendant que l’image se décante entre Hariri et la Syrie. Sur le plan régional, rien de nouveau, affirment ces mêmes sources. En annonçant la construction de 1200 logements à JérusalemEst, Israël a torpillé les efforts américains pour tenter de relancer le processus de paix. Son but est d’embarrasser Mahmoud Abbas pour lui faire assumer l’échec de la reprise des pourparlers. La priorité d’Israël, aujourd’hui, n’est pas de négocier mais d’accélérer la judaïsation de Jérusalem et de la Cisjordanie pour créer des faits accomplis sur le terrain. Sur le volet syroisraélien, les discussions indirectes pourraient reprendre, mais sans véritables perspectives. Comme toujours, les Libanais sont ballotés entre ces vents contraires qui balaient la région. Leur seul espoir est que ces vents ne se transforment pas en ouragan. n PAUL KHALIFEH