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Nº 2751 du Vendredi 30 Juillet 2010


 
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ÉDITORIAL

 


 

Pourquoi la justice

Au nom des idoles, au nom d’un Dieu unique ou bien au nom des hommes tout simplement, la justice est un souci permanent depuis que les sociétés humaines existent. Le souci de justice, s’il existe dans toutes les formes d’organisation sociale et politique, il est différemment évalué. Si la justice expéditive des Talibans nous effraie, alors qu’elle plaît aux Afghans dégoûtés par la corruption et la lenteur de l’appareil juridique étatique, elle n’en reste pas moins un absolu recherché même dans une société considérée hors du temps et de l’évolution des civilisations. Les chiites, s’ils partagent avec les sunnites les articles de la foi musulmane, ils s’en distinguent par deux, le rôle de l’imam dans la conduite des affaires de la communauté des croyants et l’application de la justice avant tout «pour plaire à Dieu». Si la justice n’est pas toujours aveugle, elle demeure une revendication têtue. Le jugement de Salomon était absurde et inhumain. La condamnation de Dreyfus était inique, infondée et surtout raciste. Le procès de Nuremberg a légitimé la justice du vainqueur. Mais toujours estil que Salomon, par son stratagème, a confondu la fausse mère de l’enfant, que Dreyfus a été réhabilité et que les nazis étaient des criminels. Un moment, désespérés de la justice, et le chaos s’installe durablement. Qu’en estil du Tribunal spécial pour le Liban? Le secrétaire général du Hezbollah l’accuse d’être politisé au profit d’Israël. L’Etat hébreu, soutenu par ses alliés occidentaux, instrumentalise le tribunal pour saper la légitimité du Parti de Dieu. Ce serait une étape dans sa stratégie de destruction de la Résistance. Ceci est tout à fait plausible; Israël n’en est pas à son premier coup tordu, ses alliés ne sont pas à un mensonge près. On se souviendra du «procès» des armes de destruction massive fait à l’Irak pour justifier son invasion, armes dont on ne trouva pas la moindre trace. A ce jour, l’argument principal avancé par le Hezbollah pour délégitimer le tribunal est la liste des faux témoins qui ont accusé la Syrie et les quatre généraux d’être les commanditaires et les exécuteurs de l’attentat du 14 février 2005. Or, ce n’est pas la première fois que de faux témoins sont démasqués au cours d’une enquête. Il n’est pas dit encore que l’acte d’accusation prendra leur témoignage en compte. Plus encore, la relaxe des quatre généraux n’estelle pas la preuve de leur désaveu par la commission d’enquête? Plus encore, c’est la façon dont le Hezbollah distille ses informations qui laisse perplexe. Les apparitions télévisées de Hassan Nasrallah semblent dans leur programmation répondre à une stratégie de communication reliée aux étapes des négociations sur la question du MoyenOrient et du contentieux iranien. Quel est le moment diplomatique dans la région? Les Palestiniens doivent accepter ou refuser des négociations directes avec Israël. Les sanctions contre l’Iran semblent affecter le pouvoir à Téhéran. La guerre au Yémen aux portes de l’Arabie saoudite redémarre. Les troupes américaines doivent commencer, en août, leur retrait d’Irak, alors que le pays est toujours sans gouvernement et que les attentats se multiplient. Le roi Abdallah entame une tournée au ProcheOrient, il faut parier qu’il ne fait pas la promotion des dattes de La Mecque. Le président Assad, courtisé de partout, se remet à rêver de récupérer le Golan. Bref, les choses bougent, on ne sait pas encore dans quel sens, mais une grande manœuvre diplomatique est en cours. Et c’est le moment que le Parti de Dieu choisit de s’attaquer violemment au tribunal en menaçant de divulguer des informations compromettantes qu’il détient pourtant depuis plusieurs années. Cela ressemble à un bazar plus qu’à une Cour de justice. Si le Hezbollah détient des preuves accablantes concernant l’impartialité du tribunal, qu’il les divulgue maintenant et en une fois. Il en est capable, il possède les moyens de mener sa contreoffensive de façon efficace et convaincante. Car c’est surtout de cela qu’il s’agit. Comme il existe l’intime conviction du juge, il existe celle de l’opinion. Le Hezbollah aujourd’hui ne convainc pas tous les Libanais. Ils veulent savoir qui sont les meurtriers. Ils ne se contenteront pas de boucs émissaires du Hezb. Sinon tant pis pour eux. L’Histoire est impitoyable, tant que les assassins resteront impunis, le crime ne s’arrêtera pas. n AMINE ISSA

 
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