Fady Gemayel président de l’Association des industriels. «Soyons les Phéniciens du troisième millénaire!»
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Nº 3106 du vendredi 4 octobre 2019

Fady Gemayel président de l’Association des industriels. «Soyons les Phéniciens du troisième millénaire!»

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    Fady Gemayel président de l’Association des industriels. «Soyons les Phéniciens du troisième millénaire!»
    Pour le président de l’Association des industriels libanais (AIL), le Liban regorge d’opportunités et d’industriels qui ont fait leurs preuves, à domicile ou à l’international. Un secteur prometteur donc, mais...
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Pour le président de l’Association des industriels libanais (AIL), le Liban regorge d’opportunités et d’industriels qui ont fait leurs preuves, à domicile ou à l’international. Un secteur prometteur donc, mais ralenti par un contexte de crise, que l’AIL compte bien «rebooster» avec des mesures concrètes comme l’augmentation des exportations ou la lutte contre la corruption.
 

Quel constat dressez-vous du secteur industriel libanais et à quelles difficultés fait-il face?
Il y a un grand potentiel, beaucoup d’opportunités qu’il faut laisser se réaliser. Pour être transparent, la situation est meilleure qu’avant, en ce qui concerne l’approche des autorités vis-à-vis de l’industrie. Les Libanais réalisent aussi, de plus en plus, que l’industrie est une cause nationale qui a une retombée sur toute l’économie et que ce n’est pas un secteur d’activité pour le profit de quelques individus ou familles. C’est une difficulté à laquelle nous faisons face, c’est-à-dire celle de faire comprendre que lorsque nous proposons des mesures ce n’est pas pour nous enrichir en tant qu’hommes d’affaires, mais c’est surtout pour améliorer l’avenir des jeunes, la création d’emplois, pallier le manque de liquidités en dollars… Nous sommes porteurs de solutions à tout cela. C’est dans ce sens que nous essayons de faire prévaloir le rôle de l’industrie dans l’économie. Récemment, plusieurs ministres de l’Industrie sont parvenus à le faire et maintenant nous arrivons à avoir des réponses concrètes, par exemple en ce qui concerne le dumping, qui est une autre grande difficulté. Soyons clairs, nous ne cherchons pas à faire du protectionnisme, nous sommes favorables à l’économie de marché, mais encore faut-il qu’elle garantisse certaines mesures de protection pour les entreprises qui veulent aller de l’avant. Les autorités ont pendant longtemps, et d’ailleurs le rapport McKinsey l’a dit, délaissé le secteur productif, ce qui a provoqué une hausse du chômage. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de potentiel et de ressources mais notre économie est à la traîne. Et en même temps, nous avons des ressources humaines uniques, tant au Liban que dans notre diaspora. On a souvent parlé du Liban comme la «Suisse du Moyen-Orient», moi je veux bien que nous soyons la «Suisse du Moyen-Orient» donc faisons un peu comme la Suisse! Ce pays n’a pas de matières premières et il a l’un des revenus par habitant les plus importants d’Europe, justement parce que le secteur industriel joue un rôle plus important… Nous pouvons aussi le faire chez nous!

Quels sont les atouts du secteur industriel libanais?
Nous avons un ancrage, un engagement de la part des industriels libanais ce qui n’est pas une mince affaire! Après tout, l’industrie c’est beaucoup d’engagement, d’innovation. Les industriels ont investi leurs familles et pas leur argent, ce qui est très important. Cela fait la différence. Ce sont des gens qui pensent sur le long terme et qui ont dû surmonter beaucoup de problèmes. Avant tout, je crois qu’il y a une chose commune à tout le monde au Liban c’est que nous sommes experts en gestion de crise! Nous sommes des gens flexibles, nous savons nous adapter rapidement et possédons une main-d’œuvre qualifiée. Une autre force que nous avons, ce sont les universités. C’est un atout pour l’économie car il y a beaucoup d’industriels qui ont des relations avec les établissements universitaires pour développer des produits et des programmes. Nous avons aussi fait nos preuves en termes de temps de livraison, c’est-à-dire qu’il y a des gens qui n’hésitent pas à acheter des produits assez élaborés au Liban bien que cela représente un gros investissement pour eux, et ils n’hésitent pas à le placer au Liban car ils sont sûrs d’être livrés. Un autre atout est celui de la cuisine libanaise, qui a son importance tout comme le vin et les designers libanais, qui ont donné une belle image du Liban à travers le monde. Toutefois, je tiens à vous dire que la force de l’industrie libanaise ne se trouve pas dans les produits traditionnels. Nous avons aussi des réussites dans des produits assez avancés. Peu de gens savent par exemple que le métro de Paris a été placardé de carreaux en céramique faits au Liban! Malheureusement, l’usine (dans la Békaa) a fermé boutique et cela n’a pas empêché les responsables de bien dormir la nuit. L’un de nos problèmes au Liban est que l’industrie est laissée pour compte. Donc, le fait d’avoir pu résister tout en étant négligée est une force. Je reconnais que la Banque centrale a corrigé les taux d’intérêt pendant un bon bout de temps, parce qu’elle avait une politique du contrôle du taux de change. Les taux d’intérêt étaient vraiment très hauts, donc pour les nouveaux investissements, il a fallu des mesures particulières. Cela a un peu aidé pour atténuer le problème. Pour revenir à l’image du Liban, elle est faite de qualité, de crédibilité, d’innovation de nos produits. Il n’y a pas un salon qui ne se tienne en France, qui est la capitale de la mode, sans un ou deux designers libanais, c’est systématique! Même à Hollywood ou dans le secteur de la haute-joaillerie…

Ne pensez-vous pas qu’il y a un défaut de communication de la part des industriels libanais?
Vous avez peut-être raison sur le fait que nous ne communiquons pas assez, mais nous l’avons assez fait. Je crois que les gens ont confiance dans les produits libanais car par exemple, beaucoup d’entre eux basent leur activité autour de la production locale, c’est un peu notre force. Nous avons aussi fait nos preuves en termes de qualité surtout dans le secteur agroalimentaire, j’en parle car c’est le plus délicat. En agroalimentaire nous exportons de plus en plus vers l’Europe et les États-Unis, il n’y a pas de soucis de qualité. Souvent les Européens parlent de «normes» et de «standards». En parlant de cela, ils donnent l’impression que l’industrie libanaise n’est pas aux normes, ce qui n’est pas vrai. Nous n’avons pas de problèmes de «normes» mais de certificats d’origine (qui donnent une valeur ajoutée et garantit l’origine du produit, requis pour l’exportation, ndlr). C’est ce qui fait que nous ne pouvons pas exporter certains produits vers l’Europe. En ce sens, il y a une certaine injustice, par exemple: le café Nespresso qui arrive au Liban, fait en Italie, on le reçoit comme «made in Italy». Toutefois, je ne crois pas qu’ils cultivent les graines de café à Naples où à Milan… donc c’est un peu comme notre café, mais à l’inverse, nous Libanais ne jouissons pas de ces mêmes avantages. C’est la même chose pour le chocolat suisse, je ne crois pas que les graines de cacao soient cultivées à Genève où à Zurich. Cela crée un peu de malentendu, il ne s’agit pas de non-conformité à la qualité, au contraire. Pour en être convaincu, il suffit de regarder le flux d’exportations vers les États-Unis en produits alimentaires et vers l’Europe. Il est en augmentation et va vers les pays les plus exigeants.

Le rapport McKinsey préconise un certain nombre de mesures notamment en ce qui concerne le secteur industriel. Que pensez-vous?
Pour nous, le plus important est que ce rapport a rappelé aux autorités qu’un de nos problèmes aujourd’hui est le résultat du peu d’intérêt qu’ont accordé les gouvernements précédents au secteur productif. Il y a beaucoup d’opportunités au Liban et McKinsey a nommé quatre secteurs qui pouvaient être prometteurs. Nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises avec les auteurs de ce rapport et nous sommes arrivés à la conclusion qu’en dépit du délaissement de la part des autorités, des industries étaient encore prospères. C’est donc bien que ces industries ont quelque chose à donner et qu’elles ont prouvé leur raison d’être! Nous voulons créer des emplois et nous croyons fermement que l’industrie est un moteur qui propulse tous les autres secteurs: les banques, les assurances, le transport, les services et même les commerçants en distribution et importation de machines, de matières premières… nous voudrions travailler sur plusieurs plans: tout d’abord bannir l’importation de produits qui viennent en dumping. Ce n’est pas normal que nous accueillions des produits subventionnés à outrance de leur origine. Nous demandons des mesures anti-dumping qui sont tout à fait autorisées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’État doit bannir toute activité illégale, la contrebande etc. Nous voudrions également augmenter nos exportations et pour cela obtenir des primes comme cela se fait partout, en Turquie, en Égypte... afin de revenir au moins au niveau atteint en 2011 où nous avions réalisé le chiffre de 4,5 milliards $ d’exportations. Ce chiffre signifie que nous sommes capables d’exporter, il n’y a pas de raison que l’on chute à 2,6 milliards. Nous demandons des solutions à toutes ces problématiques, également sur le coût de l’énergie qui est un grand problème pour l’industrie en général. Pour prendre un exemple concret, sur 4 033 entreprises libanaises, l’énergie représente 5,6% du prix de vente des produits libanais, ce qui n’est pas énorme. Le problème c’est que dans certains secteurs, ce pourcentage atteint les 30%! Ils ne peuvent pas assumer 30% de leurs prix de vente en énergie!

Avec la reconstruction de la Syrie, quel rôle le Liban pourrait-il jouer?
Il n’y a pas de doutes que ce pourrait être une opportunité pour le Liban, pas de doutes non plus sur le fait que beaucoup de Libanais ont joué un rôle pour que la Syrie continue à se maintenir. Notre souhait est que les entreprises libanaises puissent jouer un rôle dans la reconstruction de la Syrie, toutefois, je ne suis pas sûr que cela nous soit exclusivement réservé. Cela serait un atout supplémentaire mais je ne miserais pas toute notre stratégie sur la reconstruction de la Syrie, étant donné que les Syriens sont abordés par tout le monde, les Chinois, les Européens… Ce qui est sûr, c’est que nous bénéficions d’avantages concrets, et j’espère que l’État les fera prévaloir.

Quels sont les secteurs industriels qui pourraient spécifiquement profiter de la reconstruction?
Tout ce qui a un lien à la construction: les meubles, les équipements, les câbles électriques, les tableaux électriques, tout cela, nous savons faire. Il y a aussi les voitures et les équipements spécialisés, les camions… Et nous avons des gens qui construisent et assemblent des véhicules pour de grandes marques européennes (elles livrent le châssis seulement) en sous-traitance, leur nom n’apparaît pas. Le Liban a une maîtrise dans certains secteurs, comme par exemple les générateurs. Nous avons un savoir-faire autour de cette industrie qui est visible, de par la grande expérience que l’on a acquise ici. Cette industrie est forte et exporte un peu partout. Pour vous donner un exemple concret, le parc Eurodisney à Marne-la-Vallée en France fonctionne avec des tableaux électriques fabriqués au Liban par l’entreprise Matelec.

 

En chiffres
Entre 1,5 et 2 milliards $ par an:
c’est le coût de l’Electricité du Liban (EDL) à l’État.
35 millions $: c’est l’évaluation du ministère de l’Industrie

pour soutenir les secteurs de l’énergie verte et circulaire.
64 000 emplois pourraient être créés à chaque réduction
d’1 milliard $ dans la balance commerciale.

Marguerite Silve
 

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Éditorial
Tout n’est pas perdu

L’exploitation à des fins politiques des difficultés économiques et du malaise social actuels est malvenu autant que les arguments avancés par les gens au pouvoir pour se dédouaner, justifier leur incurie et leur incapacité à faire face aux défis, en se barricadant derrière l’héritage du passé. Certes, l’héritage est lourd, difficile à gérer, mais le pouvoir est continuité et les dirigeants d’aujourd’hui ne peuvent pas rejeter sur ceux d’hier la responsabilité de ce qui nous arrive.Nous payons aujourd’hui le prix des choix économiques erronés et des politiques financières impertinentes qui ont occasionné d’immenses dommages, qui, nous en sommes convaincus, ne sont pas irréparables. Ces choix se résument à la politique d’endettement justifiée au sortir de la guerre par les besoins de la reconstruction d’un pays dévasté par une folie meurtrière qui a duré 15 années. Des dizaines de milliards de dollars ont été dépensés pour, soi-disant, financer de nouvelles infrastructures et la remise à niveau des anciennes. En réalité, une infime partie de ces fonds est allée à ce à quoi ils étaient destinés et le reste a fini dans les poches de la classe dirigeante. Combien de Premiers ministres, aux moyens modestes, ne sont-ils pas devenus des tycoons? Combien de ministres ne se sont-ils pas transformés en banquiers ou de députés en entrepreneurs et en hommes d’affaires? L’argent est allé enrichir une nouvelle classe politique de basse extraction morale, parasitaire et sans scrupules, qui a pillé le pays pendant un quart de siècle. L’endettement s’est poursuivi outrancièrement, non plus pour financer la réhabilitation de l’infrastructure, mais pour payer le service de la dette. Le pays s’est alors installé au fil des ans dans un cercle vicieux qui aurait dû le précipiter dans l’abîme depuis des années, mais la catastrophe a été évitée en raison de la conjoncture internationale, entre 2008 et 2010, qui a permis au Liban d’attirer des dizaines de milliards de dollars qui fuyaient les économies occidentales meurtries par la crise mondiale.Au lieu de mettre à profit ce sursis providentiel, la classe politique corrompue a poursuivi son pillage systématique des ressources de l’Etat, jusqu’à ce que nous arrivions au point où nous en sommes aujourd’hui.Tout n’est perdu. Mais l’heure n’est plus aux mesquineries et aux règlements de compte. Il faut repenser tout le modèle économique, jeter aux oubliettes la mentalité rentière et revenir au cycle de la production. Il faut impérativement réduire la facture des importations qui s’élève à 16 milliards de dollars par an, une somme injustifiée pour une population de 4,5 millions d’habitants. Il faut la réduire de plusieurs milliards de dollars, pour ne plus dépendre autant des humeurs du billet vert et des pressions de son géniteur. Pour cela, les Libanais ont un rôle à jouer. Ils doivent reprendre confiance dans leurs capacités à créer et à fabriquer des produits à valeur ajoutée. Ils doivent consommer libanais. C’est dans cet esprit que Magazine a consacré son dossier de couverture, ce mois-ci, à l’industrie libanaise dans toutes ses déclinaisons. En achetant libanais, nous réduisons la facture des importations et, par conséquent, le déficit de la balance des paiements. Mais pas seulement. Nous boostons la production locale, ce qui poussera les industriels à créer des emplois, et qui conduira, forcément, à la relance de la consommation. En achetant un produit libanais, chacun d’entre nous, à son niveau, contribue à l’apparition d’une dynamique vertueuse, seule capable de briser le cercle vicieux dans lequel ceux qui nous gouvernent ont plongé notre pays. ●


 Paul Khalifeh
   

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