Des Phéniciens à nos jours. Le Liban, terre de production
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Nº 3106 du vendredi 4 octobre 2019

Des Phéniciens à nos jours. Le Liban, terre de production

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    Des Phéniciens à nos jours. Le Liban, terre de production
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L’industrie libanaise s’est développée au fil des siècles, cherchant à imposer ses marques, ce qui n’a pas toujours été facile dans un pays porté historiquement vers le commerce et les services.
 

Depuis le temps des Phéniciens, le Liban vit à un rythme qui a influé largement sur le secteur de l’industrie. Mais bien qu’ils soient grands commerçants et navigateurs, les Phéniciens ont misé sur l’industrie pour une plus grande ouverture dans leurs rapports avec leurs voisins. Ils connaissent avec la pax romana un grand essor économique. L’industrie de la céramique, du verre, des textiles, du pourpre connaît une vaste expansion dans tout le monde arabe, ainsi qu’une hausse des échanges avec le monde occidental. Depuis 3 000 ans, le travail de la soie marque l’industrie. Les Phéniciens importaient la soie de Chine et la teignaient en pourpre, dans les ateliers de Tyr et Sidon. Au VIe siècle, l’élevage du ver à soie est introduit au Liban sous les Byzantins. Au XVIIe siècle, cette activité assure une autonomie économique au Mont-Liban durant le règne de l’émir Fakhreddine.

L’industrie de la soie
En 1840, les premières filatures industrielles sont construites au Mont-Liban. On dénombre 183 fabriques de soie en 1912. Des milliers de ballots de soie sont exportés vers l’Europe, principalement vers Marseille à travers le port de Beyrouth. Le travail de la soie constitue alors l’activité principale des Libanais. Cette industrie connaîtra un certain déclin par la suite, surtout après la Deuxième guerre mondiale et puis avec la guerre de 1975.
En 1930, le monde vit une crise économique qui a profité à l’industrie libanaise. Le Mandat français a encouragé l’élaboration et la création de plusieurs projets industriels, sans y apporter les restrictions habituelles. Cette période de développement a coïncidé avec l’achat de nouveaux matériels à bas prix. Le nombre d’usines atteint 810 entreprises en 1938, produisant surtout des meubles, des tissus en coton, du prêt-à-porter, des chaussures, du cuir, de la bière, des alcools, du savon, des conserves, et, bien sûr, de la soie.
Les années de guerre de 1914-1918 et de 1939-1945 favorisent l’écoulement des produits libanais à l’intérieur et dans les pays arabes avoisinants. Mais la guerre de Palestine, en 1948, a porté un sérieux coup à l’industrie libanaise. En 1937-1938, le Liban exportait environ 30% de ses produits à la Palestine.
Malheureusement, cet essor de l’industrie bute contre les tentatives du marché extérieur de noyer le marché libanais avec des produits étrangers et à des prix plus que compétitifs. Ce qui a négativement influé sur le développement de l’industrie nationale.
L’industrie moderne. La jeune industrie libanaise n’a vu le jour au sens moderne du terme qu’après la Deuxième guerre mondiale, Le nombre d’usines est passé à 1 034 en 1945 puis à 1 435 en 1950. Plus de 17 000 personnes étaient employées dans le secteur.
Au début des années 1950, le secteur industriel connaît une période de crise, mais les différents secteurs productifs ont malgré cela connu un certain essor. Plusieurs facteurs ont permis d’assurer l’équilibre de l’économie libanaise et sa compétitivité, en particulier la disponibilité d’une main-d’œuvre étrangère à bon marché, la venue d’investisseurs, fuyant la vague de nationalisation dans les pays arabes, et l’émigration d’un grand nombre de travailleurs libanais, qui a contribué d’une façon certaine à des entrées importantes de capitaux.
Les années 1958-1964 constituent une époque de forte croissance économique couplée à une consolidation des institutions de l’Etat, ce qui s’est traduit par un essor de toute l’économie, avec des effets sur l’industrie qui a connu son âge d’or à partir de la deuxième moitié des années 60.  
En 1967, la fermeture du canal de Suez marque un tournant et influe positivement sur les exportations industrielles. L’industrie libanaise a profité de l’augmentation des prix de transport de l’Europe vers les pays arabes pour accroître ses exportations vers ces pays.  
En 1973, la contribution de l’industrie au PIB a atteint 15%, pour enregistrer de 1980 à 1991 entre 20,4% et 21,8% selon les chiffres de la Chambre de commerce, de l’Industrie et de l’Agriculture (CCIA). L’année 1973 est celle du «choc pétrolier» dans la région avec la hausse vertigineuse du prix du pétrole, mais elle marque le début d’un changement dans la structure économique libanaise.
L’essor de l’industrie s’est traduit en 1974 par des exportations totalisant plus de 800 millions L.L.. Un développement brusquement interrompu avec le déclenchement de la guerre de 1975. Le recul de l’activité industrielle se poursuivra jusqu’en 1985.

L’après-guerre de 1975
La guerre de 1975 place le pays dans une situation extrêmement difficile, marquée par d’importantes destructions et une déstructuration du tissu social. Le Liban sort de 15 ans de violences avec des infrastructures endommagées, des usines brûlées et pillées, une économie qui bat de l’aile.
En 1990, le Liban émerge de ces années sombres, mais avec un système bancaire intact et une liberté commerciale bien conservés. Il doit faire face à des défis énormes. Durant 15 ans, il avait perdu sa fonction d’intermédiaire entre les économies occidentales et les économies des pays de la péninsule arabique.
Les changements économiques mondiaux rapides intervenus durant cette période impactent aussi l’économie libanaise qui se transforme dès le début des années 90 d’une économie rurale à une économie de services, axée autour de son système bancaire et des facilités touristiques.
À la fin 1992, le Liban entreprend la reconstruction. Le plan «Horizon 2000» vise à replacer le pays au centre de l’économie régionale, et à lui permettre de reprendre sa place.
En 1996, l’industrie représente 18% du PIB, contre 13% pour l’agriculture et 68% pour les services. La dette publique commence à gonfler et la balance commerciale est déficitaire, due aux fortes importations liées à la reconstruction et à la relance industrielle. Le secteur industriel se bat pour s’imposer sur le marché local comme sur le marché extérieur. Les exportations passent de 742 millions dollars en 2000 à 2,58 milliards de dollars en 2008. Mais l’absence d’une politique gouvernementale favorable à l’industrie et le problème latent de la compétitivité limitent cet essor.
Pour retrouver son rôle régional, les experts s’accordent à dire que le Liban devrait mettre l’accent sur la valorisation de ses ressources humaines et le développement de produits à haute valeur ajoutée. Il devrait aussi assumer une vocation agro-alimentaire, qui lui permettrait de redonner vie à ses régions rurales.

Trois phases économiques
Dans son développement économique, le Liban est passé par trois phases principales:
● La première, jusqu’à la fin des années 40 du siècle dernier, est marquée par la domination du capitalisme.
● La deuxième va jusqu’à la moitié des années 60, et se caractérise par l’essor du secteur bancaire.
● La troisième s’étend jusqu’à la date fatidique de 1975, qui est marquée par un développement industriel qui a laissé ses marques sur l’économie libanaise et sur les capitaux.

Arlette Kassas

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Éditorial
Tout n’est pas perdu

L’exploitation à des fins politiques des difficultés économiques et du malaise social actuels est malvenu autant que les arguments avancés par les gens au pouvoir pour se dédouaner, justifier leur incurie et leur incapacité à faire face aux défis, en se barricadant derrière l’héritage du passé. Certes, l’héritage est lourd, difficile à gérer, mais le pouvoir est continuité et les dirigeants d’aujourd’hui ne peuvent pas rejeter sur ceux d’hier la responsabilité de ce qui nous arrive.Nous payons aujourd’hui le prix des choix économiques erronés et des politiques financières impertinentes qui ont occasionné d’immenses dommages, qui, nous en sommes convaincus, ne sont pas irréparables. Ces choix se résument à la politique d’endettement justifiée au sortir de la guerre par les besoins de la reconstruction d’un pays dévasté par une folie meurtrière qui a duré 15 années. Des dizaines de milliards de dollars ont été dépensés pour, soi-disant, financer de nouvelles infrastructures et la remise à niveau des anciennes. En réalité, une infime partie de ces fonds est allée à ce à quoi ils étaient destinés et le reste a fini dans les poches de la classe dirigeante. Combien de Premiers ministres, aux moyens modestes, ne sont-ils pas devenus des tycoons? Combien de ministres ne se sont-ils pas transformés en banquiers ou de députés en entrepreneurs et en hommes d’affaires? L’argent est allé enrichir une nouvelle classe politique de basse extraction morale, parasitaire et sans scrupules, qui a pillé le pays pendant un quart de siècle. L’endettement s’est poursuivi outrancièrement, non plus pour financer la réhabilitation de l’infrastructure, mais pour payer le service de la dette. Le pays s’est alors installé au fil des ans dans un cercle vicieux qui aurait dû le précipiter dans l’abîme depuis des années, mais la catastrophe a été évitée en raison de la conjoncture internationale, entre 2008 et 2010, qui a permis au Liban d’attirer des dizaines de milliards de dollars qui fuyaient les économies occidentales meurtries par la crise mondiale.Au lieu de mettre à profit ce sursis providentiel, la classe politique corrompue a poursuivi son pillage systématique des ressources de l’Etat, jusqu’à ce que nous arrivions au point où nous en sommes aujourd’hui.Tout n’est perdu. Mais l’heure n’est plus aux mesquineries et aux règlements de compte. Il faut repenser tout le modèle économique, jeter aux oubliettes la mentalité rentière et revenir au cycle de la production. Il faut impérativement réduire la facture des importations qui s’élève à 16 milliards de dollars par an, une somme injustifiée pour une population de 4,5 millions d’habitants. Il faut la réduire de plusieurs milliards de dollars, pour ne plus dépendre autant des humeurs du billet vert et des pressions de son géniteur. Pour cela, les Libanais ont un rôle à jouer. Ils doivent reprendre confiance dans leurs capacités à créer et à fabriquer des produits à valeur ajoutée. Ils doivent consommer libanais. C’est dans cet esprit que Magazine a consacré son dossier de couverture, ce mois-ci, à l’industrie libanaise dans toutes ses déclinaisons. En achetant libanais, nous réduisons la facture des importations et, par conséquent, le déficit de la balance des paiements. Mais pas seulement. Nous boostons la production locale, ce qui poussera les industriels à créer des emplois, et qui conduira, forcément, à la relance de la consommation. En achetant un produit libanais, chacun d’entre nous, à son niveau, contribue à l’apparition d’une dynamique vertueuse, seule capable de briser le cercle vicieux dans lequel ceux qui nous gouvernent ont plongé notre pays. ●


 Paul Khalifeh
   

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