Mikati et Hariri. Riyad veut jouer plusieurs chevaux
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Nº 2882 du vendredi 1er février 2013

Mikati et Hariri. Riyad veut jouer plusieurs chevaux

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    Mikati et Hariri. Riyad veut jouer plusieurs chevaux
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En levant le boycott imposé à Najib Mikati et à son gouvernement, l’Arabie saoudite semble avoir changé d’approche au Liban. Désormais, le Courant du futur n’est plus considéré comme le représentant exclusif des sunnites. Riyad veut jouer plusieurs chevaux pour être sûr que le sien figurera parmi les finalistes.  

Ce n’est un secret pour personne. L’Arabie saoudite n’a pas apprécié l’éviction de l’ancien Premier ministre Saad Hariri en janvier 2011, qu’elle a considérée comme un retournement syro-iranien contre les arrangements conclus à Doha, en mai 2008. Par conséquent, elle a accueilli froidement la nomination de Najib Mikati à sa succession, sans pour autant aller jusqu’à afficher une franche hostilité à son égard. Pendant des mois, le chef du gouvernement a tenté par mille et une voies d’obtenir une couverture saoudienne, mais il n’y est pas parvenu. Cependant, le royaume s’est gardé de jeter sur lui l’opprobre, se contentant de l’ignorer superbement. Habile, Najib Mikati a évité toute réaction impulsive et a continué à envoyer des signaux positifs en direction de Riyad et de la communauté internationale. Le plus fort signal aura sans doute été le financement du Tribunal spécial pour le Liban, en dépit des réserves du Hezbollah.
Les événements syriens et l’engagement de l’Arabie saoudite aux côtés des rebelles ont compliqué la donne pour le Premier ministre, surtout que le Courant du futur était, lui, en phase avec les options saoudiennes en Syrie. Najib Mikati a alors transformé en politique officielle le fameux concept de «dissociation», destiné à empêcher le Liban d’être broyé par la crise qui secoue son voisin. Il a convaincu la communauté internationale d’appuyer cette orientation.
La dissociation n’a pas empêché les protagonistes libanais de s’impliquer à plus d’un niveau dans le chaudron syrien, mais l’Etat faisait semblant de ne rien voir, un peu comme du temps des fedayin palestiniens dans les années 60-70 du siècle dernier. Cela arrangeait tout le monde, y compris l’Arabie saoudite.
Les choses auraient pu continuer sur ce modèle pendant longtemps si le chef de la section des renseignements des Forces de sécurité intérieure (FSI), le général Wissam el-Hassan, n’avait pas été assassiné, le 19 octobre dernier. Estimant que cet attentat la visait directement, l’Arabie saoudite a exprimé son mécontentement et a appuyé les revendications du Courant du futur appelant à la démission du gouvernement. On se souvient de l’image de l’ambassadeur Ali Awad el-Assiri devant le cercueil du général Hassan lors des funérailles, qui se sont transformées en assaut généralisé contre le Grand sérail.
Ce jour-là, le Premier ministre a pensé que les équilibres qui le maintenaient au pouvoir avaient été brisés, d’autant que tous les canaux de contacts avec Riyad, qui ne s’étaient jamais interrompus auparavant, étaient devenus brusquement hors service. Dans son for intérieur, il a envisagé de démissionner et s’en est ouvert à ses plus proches collaborateurs. Mais il s’est très vite ressaisi après avoir compris que le départ de son gouvernement n’est pas une demande internationale. Bien au contraire, les ambassadeurs des cinq membres permanents du Conseil de sécurité se sont rendus, ensemble, au Palais de Baabda, pour expliquer au président Michel Sleiman que la priorité, qui prime sur toutes les autres, est celle de la stabilité. Et l’une des conditions sine qua non pour garantir cette stabilité est justement d’éviter le vide au niveau du pouvoir exécutif.


La fin du boycott
Le «patient», comme le surnomme un ambassadeur européen à Beyrouth, a repris ce qu’il sait faire le mieux: attendre. Et cette attente n’a pas été de longue durée. Le 21 janvier dernier, à l’occasion de sa participation au sommet économique arabe, à Riyad, les responsables saoudiens ont enfin sonné la fin du boycott.
Najib Mikati a d’abord été reçu par le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud el-Fayçal, étiqueté comme le «faucon» de la famille royale, puis par le prince héritier Salman Ben Abdel-Aziz. Entre-temps, il a accueilli dans sa suite d’hôtel le vice-ministre des Affaires étrangères, Abdel-Aziz Ben Abdallah, le fils du roi. Ce dernier, considéré «modéré», a toujours maintenu le contact, même dans les moments les plus difficiles, avec le Premier ministre libanais avec qui il entretient de bonnes relations. Selon des sources bien informées, le prince Abdel-Aziz est le véritable architecte de la réconciliation de Mikati avec les dirigeants saoudiens. C’est sur ses instructions que l’ambassadeur Assiri a invité Mikati à prolonger son séjour de 24 heures à Riyad, le temps d’aplanir les derniers obstacles et de régler quelques petits détails.
L’entretien avec Saoud el-Fayçal a porté sur la situation interne et gouvernementale au Liban. Le chef de la diplomatie saoudienne n’a pas caché ses reproches sur la façon avec laquelle le cabinet Mikati a été formé, sur les cendres du gouvernement de Saad Hariri. Il a insisté sur la nécessité d’organiser les élections à la date prévue, sans entrer dans les détails de la loi ou des prochaines alliances électorales.

A son tour, Najib Mikati a réaffirmé ses «constantes» nationales d’abord, islamiques ensuite, exprimées par Dar al-Fatwa. Il a enfin réitéré son attachement au TSL.
Les préparatifs pour la réconciliation ont été entourés du plus grand secret, de peur qu’elle ne soit compromise à la dernière minute par le lobbying pratiqué par Saad Hariri auprès de certains milieux de la famille royale encore réticents à l’idée d’une normalisation avec Najib Mikati. La figure de proue des faucons est le prince Bandar Ben Sultan Ben Abdel-Aziz, qui a retrouvé une grande influence depuis qu’il a été nommé, par le roi, chef des services de renseignements saoudiens.

Au-delà du protocole
Les milieux politiques et médiatiques du Courant du futur et du 14 mars ont tenté de donner un cachet uniquement protocolaire aux rencontres saoudiennes du Premier ministre. Mais la réalité est tout autre. Ces deux dernières années, Najib Mikati s’est rendu au moins à six reprises en Arabie saoudite lors d’occasions sociales (condoléances pour la mort de membres de la famille royale), privées (pèlerinages) ou officielles (participation à des sommets ou à des conférences). A chaque fois, les dirigeants saoudiens l’ignoraient et prenaient soin de le faire savoir. S’ils ont décidé, lors de son dernier passage, de le recevoir - et de le faire savoir, photos à l’appui - c’est que quelque chose a changé dans leur approche.
Effectivement, beaucoup de choses ont changé. D’abord, la chute de Bachar el-Assad ne semble pas aussi imminente que ne l’espérait l’Arabie saoudite. Le régime syrien ne présente pas les symptômes d’une fin proche, en tout cas pas avant les élections législatives libanaises. Sachant que les rapports de force au Liban dépendent de la situation en Syrie, ceux-ci ne semblent pas évoluer dans un sens décisif ni pour un camp ni pour l’autre. Ensuite, la crise syrienne a favorisé l’émergence au Liban d’une mouvance islamiste salafiste avec qui il faut désormais compter, et qui croît, surtout, aux dépens du Courant du futur. Enfin, le débat sur la loi électorale (Voir pages 22 et 23) a isolé le parti de Saad Hariri, qui se retrouve presque seul face à tous les autres (chrétiens et chiites) à rejeter le projet orthodoxe et à refuser l’introduction d’un taux de proportionnelle significatif dans la prochaine loi.

Pour toutes ces raisons, l’Arabie saoudite a jugé le moment venu de jouer plusieurs chevaux, sachant qu’au moins l’un d’eux sera parmi les finalistes. Traduit en langage politique, cela signifie que le royaume a décidé de passer du stade de l’exclusivité à celui de la diversité au niveau de la représentation sunnite. Ce n’est pas la première fois qu’une telle option est prise.
La première conséquence de la réconciliation entre Mikati et les dirigeants saoudiens est que la démission de son gouvernement, considérée par le Courant du futur comme un préalable à tout dialogue, n’est plus d’actualité. Par projection, le boycott du cabinet instauré depuis le 30 octobre par le 14 mars n’a plus de raison d’être. Les chrétiens du 14 mars l’ont bien compris, ce qui expliquerait leur décision de participer aux travaux des Commissions parlementaires conjointes, contrairement au Moustaqbal.
Le changement de l’approche saoudienne ne signifie pas que le Courant du futur soit tombé en disgrâce. Tout simplement, il n’est plus la seule force sur laquelle compte l’Arabie saoudite au Liban. «Saad Hariri est notre fils et Najib Mikati est notre frère», aurait dit un haut dirigeant saoudien à un responsable libanais rencontré récemment dans une capitale européenne.

Paul Khalifeh

 

Une relation spéciale
Contrairement aux apparences qui sont souvent trompeuses, les relations entre Najib Mikati et l’Arabie saoudite sont bien plus solides que certains peuvent le penser. Selon des sources bien informées, avant d’accepter le poste de Premier ministre qui lui a été proposé à la mi-janvier 2011 par le Hezbollah, le mouvement Amal et Walid Joumblatt, il aurait sondé les dirigeants saoudiens. Et ce n’est que lorsqu’il s’est assuré qu’il n’y avait pas de veto catégorique à sa candidature qu’il a donné son accord.
Un autre signe de cette relation spéciale remonte à 2009. Cette année-là, Najib Mikati a été la seule personnalité libanaise à être invitée par les autorités saoudiennes au rituel du nettoyage annuel de la Kaaba par des membres de la famille royale, y compris le roi, après la fin du grand pèlerinage.

 

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Éditorial
L’imprévision érigée en système

Le Liban est le pays des occasions manquées. On le dit et le redit. Mais chaque décennie apporte son lot de preuves de la véracité de ce constat que, depuis les années soixante, des penseurs, des diplomates et de simples citoyens font. Mais les dirigeants continuent à faire la sourde oreille et rien n’a jamais été programmé en profondeur pour remédier à cet état de choses. Malgré les tristes épreuves que nous avons traversées, malgré les querelles meurtrières de 1958 et les quinze années de guerre que nous avons traversées, nous n’avons réussi à tirer aucune leçon des conséquences de l’imprévision et de l’improvisation dans la gestion des affaires publiques. Les catastrophes provoquées par Olga de triste mémoire et qui, nous dit la météo, n’est pas près de renoncer, en sont un exemple parmi tant d’autres. La restauration des maisons de la rue Ibrahim Mounzer n’aurait pas pu être réalisée sans l’apport de la société civile et, en particulier, d’OffreJoie. Si les gestionnaires des affaires publiques ne sont pas toujours les mêmes, ils n’en ont pas moins instauré une mentalité dont ont hérité leurs successeurs, à quelques exceptions près. Par la force des choses, nous sommes amenés à nous répéter. Peut-être le faisons-nous dans l’ultime espoir de nous faire entendre et, qui sait, de réussir à obtenir ce changement à ce jour inespéré. Un proverbe arabe dit: «Les parents mangent le raisin vert et les enfants grincent des dents». C’est ce que vit la jeune génération qui subit les erreurs des anciens hélas sans réussir à les corriger. Il fut un temps, pas très éloigné, où la classique plaisanterie des responsables, dans les coulisses de la politique, consistait à jeter la faute sur les «Italiens». Ces derniers n’étant jamais intervenus dans la vie politique du pays, l’ironie était évidente. Aujourd’hui, l’opprobre est jeté sur les médias, toutes tendances confondues. Les actes meurtriers, les attentats quotidiens, l’insécurité généralisée, les promesses non tenues, les engagements restés lettre morte et la difficulté de présenter un budget seraient le résultat des informations qui remplissent tous les jours nos journaux, occupent nos ondes et envahissent nos antennes. C’est ainsi que se justifient certains dirigeants et, à leur tête, le ministre de l’Intérieur. «Allez-vous asséner la nouvelle du décès d’un proche à ses parents ou les préparer en passant par un transfert à l’hôpital?», demande-t-il, à titre d’exemple, aux journalistes qui diffusent, à leur corps défendant, les mauvaises nouvelles sans y mettre, selon lui, la forme. La presse et les médias sont sans cesse mis au banc des accusés, bafoués et même dénoncés par des dirigeants qui ne cessent d’en faire des boucs émissaires, oubliant qu’ils ont le simple tort de transmettre leurs propres propos souvent inconsidérés. Au cœur de tout ce micmac sévit un gouvernement, dit monochrome, dans l’incapacité de prendre les décisions vitales, victime des zizanies à l’intérieur d’un même camp, qui néglige le minimum vital et la sécurité d’un peuple qui ne vit plus que dans la hantise des explosions, dans la peur des lendemains et des horizons bouchés. Même les prisons ne sont pas sécurisées. Des évasions et des meurtres apparaissent timidement dans la rubrique des «faits divers».  Entre-temps, nous ne cesserons de perdre, ou de gagner du temps, selon les uns ou les autres, dans des discussions byzantines autour d’une loi électorale qui peine à voir le jour et attend peut-être la solution problématique soufflée par des vents étrangers. Ainsi, le régime politique, dont se vantait le Liban, jadis fondé sur la démocratie qu’une hérésie constitutionnelle qualifie de consensuelle n’a plus apparemment sa raison d’être. Il est même remis en question et les principales têtes «pensantes» du pays y cherchent une réponse dans la lecture des astres syriens ou ceux d’ailleurs. Favorables à certains contrariés par les autres. Ainsi les semaines passent et les échéances constitutionnelles arrivent à toute vitesse et, une fois de plus, le Liban pourrait manquer l’occasion de se remettre sur les rails d’une véritable démocratie. Les regards se tournent en dernier recours vers le chef de l’Etat, serait-il seul en mesure de redresser la barre et de rendre aux Libanais leur confiance dans leur pays?


 Mouna Béchara
   

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