Nada Boustani. La réhabilitation du secteur électrique est sur la bonne voie
Logo

Nº 3106 du vendredi 4 octobre 2019

Nada Boustani. La réhabilitation du secteur électrique est sur la bonne voie

 
  • taille de la police diminution de la taille de police diminution de la taille de police augmentation de la taille de police increase font size
  • A
    De
    Message
    Nada Boustani. La réhabilitation du secteur électrique est sur la bonne voie
    A la veille de l’adoption de plan de réhabilitation, en avril dernier, Nada Boustani avait exposé à Magazine ses objectifs. Six mois plus tard, la ministre de l’Energie et de...
  •  
Notez cet article
(0 votes)
A- A+

A la veille de l’adoption de plan de réhabilitation, en avril dernier, Nada Boustani avait exposé à Magazine ses objectifs. Six mois plus tard, la ministre de l’Energie et de l’Eau dresse un premier bilan: le calendrier est respecté, les travaux avancent, les dossiers sont sur la bonne voie. 

Depuis l’adoption du plan de réhabilitation du secteur électrique, début avril, vous êtes sur tous les fronts. Vous êtes dynamique, vous accompagnez les équipes sur le terrain, vous communiquez souvent. Malgré cette bonne volonté que vous affichez, les Libanais ont du mal à percevoir une amélioration au niveau de l’alimentation en électricité. Au contraire, ils sentent parfois une régression. Six mois après, où en sommes-nous du plan de l’électricité?
Dans une première étape, le plan prévoit de réduire les pertes techniques et non-techniques de 34% à 25% fin 2019 début 2020. Mansourié (Metn) à elle seule représentait 1% de ces pertes, soit près de 20 millions de dollars (par an). Aujourd’hui, (le projet de) Mansourié est terminé, de même que Feytroun (Kesrouan). Hermel devait être terminé fin septembre et Tyr fin décembre. Le calendrier est respecté et nous aurons atteint tous nos objectifs à la fin de l’année.
 
Qu’en est-il des pertes non-techniques, c’est-à-dire le vol, les branchements illégaux sur le réseau électrique etc.?
Nous avons lancé une campagne à travers tout le Liban contre l’usage illicite de l’électricité. Cette campagne fonctionne à merveille. Nous avons déjà dressé 28 000 procès-verbaux. Par ailleurs, beaucoup de citoyens se sont montrés compréhensifs et ont voulu régulariser leur situation mais ont expliqué qu’ils n’avaient pas les moyens d’accéder à l’électricité. Nous avons donc réduit de 75% les frais d’installation des compteurs de 15 et 20 ampères. En conséquence à cette mesure, nous avons eu en trois mois plus de 100 000 demandes d’abonnement et nous sommes en train d’installer ces compteurs. Ce bon résultat m’a encouragée à demander à EDL de proroger le délai jusqu’à la fin de l’année. Pour tout ce qui est de la collecte des factures, il y avait 555 milliards de L.L. de retard, à cause notamment des grèves des journaliers etc. Vu que le plan avait été adopté en avril seulement, donc il ne restait que 8 mois de l’année, nous avons décidé en Conseil des ministres de partager la somme en deux parties. 255 milliards seront collectés cette année et 300 milliards en 2020. Fin août, nous avions déjà collecté 235 milliards de L.L.. Fin septembre, nous avons atteint 275 milliards et les trois mois restants, nous commencerons à collecter les sommes de l’année prochaine. Je comprends que pour les citoyens et les consommateurs, tout cela n’est pas palpable mais sur le papier c’est bien réel et cela permet de faire avancer les choses et d’avoir des signaux positifs qui sont importants pour les bailleurs de fonds internationaux et les ambassadeurs concernés qui sont tenus informés à travers des réunions mensuelles où je leur présente l’avancement de la stratégie de l’électricité. Nous avions aussi fixé comme objectif d’arriver à 11% de compteurs intelligents début 2020. La première étape, de 1%, a déjà commencé et devait s’achever fin septembre. Nous sommes sur la bonne voie pour atteindre cet objectif conformément au calendrier préétabli.

Les travaux dans le secteur de la distribution avancent-ils aussi comme vous le souhaitez?
Nous fournissons tous les moyens nécessaires aux trois entreprises qui travaillent dans ce secteur avec pour objectif de les responsabiliser à 100%. Il reste encore quelques compétences qui sont du ressort de l’EDL, nous sommes en train de les transférer dans leur totalité à ces entreprises. Cela permettrait, selon les consultants, d’avoir un meilleur rendement dans le secteur de la distribution. Ces entreprises pourront alors répondre à toutes les requêtes (pannes de quartier par exemple) et de les finaliser dans les 24 heures. Comme prévu dans le plan, nous devrions avoir terminé, d’ici la fin de l’année, de répartir les tâches.

L’autre grand chantier de l’électricité est l’augmentation de la production et la mise sur les rails de l’utilisation du gaz naturel. Où en êtes-vous sur ce plan?
Nous avons terminé la préparation du cahier des charges de l’appel d’offres pour les centrales de production de courant à Zahrani et Selaata. Ces projets devront être menés en partenariat entre les secteurs privé et public. Ces cahiers des charges ont été préparés par les consultants allemands Fichtner (aspect technique et financier), français Bredin Prat et espagnols Uria Menendez (aspect légal et juridique), en collaboration avec la Banque mondiale et la Société financière internationale. Nous espérons qu’ils seront approuvés le plus rapidement possible par le Conseil des ministres. Dorénavant, toute la production se fera à travers un PPP. La centrale de Zahrani devra produire, à long terme, entre 600 et 700 MW. L’appel d’offres prévoit, en même temps, une solution temporaire qui s’élève à 600 MW. Pour Selaata, nous parlons de 700 à 800 MW combinés avec une solution temporaire de 450 MW. Dans la première étape de l’augmentation de la production, nous avons à court terme, c’est-à-dire entre 3 et 5 ans, 1 050 MW et la solution à long terme apportera 1 400 MW. Il n’y a aucun retard dans le processus administratif et juridique. Au contraire, personne ne s’attendait à ce qu’il soit aussi rapide. C’est la première fois que ce type de contrat est conclu au Liban. La combinaison dans un même package des solutions temporaires et à long terme est même une première mondiale.
Les appels d’offres seront lancés à travers la direction des adjudications, et ils seront publiés dans les deux semaines au Journal officiel. Ensuite, nous donneront trois mois à ces entreprises pour présenter leur offre. Il y aura après une évaluation, une annonce des résultats qui seront validés par le Conseil des ministres, puis signature des contrats.
Après le lancement des cahiers des charges, nous allons nous atteler aux dossiers des centrales de Zouk et de Jiyé, qui seront démantelées pour que de nouvelles centrales soient construites à leur place. Notre calendrier en tant que ministère de l’Energie et de l’Eau est de fermer les sites actuels fin 2020. Les nouvelles installations seront construites dans le cadre d’un PPP, respecteront les normes environnementales et fonctionneront au gaz naturel. Nous sommes en train de transformer toutes nos centrales au gaz naturel. Nous avons aussi ouvert les plis des appels d’offres des unités flottantes de stockage et de regazéification, qui constituent l’infrastructure qui nous permettra d’acheminer le gaz vers nos installations de production. Notre conseiller technique et financier sur ce dossier, l’Américain Poten and Partner, a établi son rapport que nous avons envoyé au Conseil des ministres. Le comité ministériel a réclamé quelques clarifications au consultant qui est en train de les préparer. Les délais ne dépendent pas de notre ministère. Concernant le dossier du transport du courant, nous avons préparé avec EDF un «Master Plan transmission» et nous travaillons en conséquence. Il n’y a aucun retard dans ce secteur.

Le dossier des énergies renouvelables est-il sur la bonne voie? 
Nous avions fixé comme objectif dans le plan mis à jour que les énergies renouvelables produiront, à l’orée de 2030, 30% de l’électricité, mais nous n’étions pas entrés dans les détails. Entretemps, nous avons finalisé le lancement des grands projets. L’objectif du Liban pour 2020 était de produire 12% du courant électrique nécessaire pour le pays via les énergies renouvelables. L’objectif est donc de parvenir à 30% d’ici à 2030. Nous œuvrons dans ce cadre avec l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) afin de développer une feuille de route nationale permettant d’atteindre cet objectif. Le directeur de l’IRENA sera au Liban le 11 novembre pour le lancement de la stratégie et du plan d’action. Au cours des dix prochaines années, le développement du secteur des énergies renouvelables va créer de nombreuses opportunités d’investissement au Liban. Nous avons aussi ouvert les enveloppes financières du premier round des licences pour les fermes éoliennes dans le Akkar. Ces contrats permettant d’approvisionner le pays à hauteur de 226 MW. Un cahier des charges sera publié pour un appel d’offres pour la construction par le secteur privé de nouvelles centrales de production de courant éolien, pouvant atteindre une capacité de production de 500 MW. Nous avons aussi dépouillé les offres financières recueillies pour la construction de champs de panneaux solaires, permettant de produire 180 MW. Nous espérons pouvoir parvenir bientôt à une offre financière définitive et émettre les licences lors d’un très prochain Conseil des ministres. Je peux dire que les dossiers concernant les énergies renouvelables avancent selon le calendrier prévu.

Lors d’une interview à Magazine accordée en mars dernier, vous aviez dit que la hausse des tarifs du courant électrique dépendra de l’augmentation de l’alimentation, pour que les factures des générateurs de quartiers baissent, afin de ne pas alourdir les charges que les citoyens ont à supporter. Vous en tenez-vous à ce principe?
Oui, sachant que rien n’est inchangeable. Nous avons demandé une étude détaillée sur la tarification à la Banque mondiale. Nous examinerons les résultats avec la BM et nous verrons aussi comment évoluera le débat sur le budget 2020 actuellement à l’étude en Conseil des ministres. Il y a aussi la question de la préparation du cahier des charges de la tarification. Tout est donc relié.

Subissez-vous des pressions de la part de la communauté internationale, notamment de la part de l’ambassadeur Pierre Duquesne, pour procéder à une augmentation de la tarification?
Personne ne peut faire pression sur un gouvernement au sujet de questions relevant de ses affaires internes. Certes, cette question a été abordée mais encore une fois, il faut comprendre tout le mécanisme, toute la stratégie, et prendre en compte le contexte économique et social pour apporter la bonne réponse. C’est le message que je transmets à tous les ambassadeurs, notamment à M. Duquesne. Une fois que nous aurons étudié le modèle de la tarification nous pourrons alors répondre à toutes ces questions. Sachant que ce dossier, je le répète, est lié au budget 2020, au lancement de l’appel d’offres etc… La décision du Conseil des ministres précise bien que toute hausse de la tarification doit s’accompagner d’une baisse des factures des générateurs. Je travaille en fonction de cette décision. Cela dépendra de tous les facteurs que j’ai cités.

Y a-t-il des progrès au niveau du cadre légal censé gérer à l’avenir le secteur de l’électricité au Liban?
Nous avons envoyé les modifications apportées à la loi 462 sur l’Autorité de régulation du secteur électrique pour examen et approbation afin de pouvoir nommer les membres de cette instance. Le comité ministériel a tenu trois réunions pour discuter de ces modifications et j’attends actuellement les réponses et les commentaires de tous les membres par écrit. Dès que nous aurons reçu et étudié ces commentaires, j’espère parvenir à une loi susceptible d’être approuvée. Ensuite, nous nommerons les membres de l’Autorité de régulation. Cela ne devrait pas traîner en longueur, car le Premier ministre, qui suit tous ces dossiers quotidiennement, tient à voir tout cela aboutir.
Si tout semble avancer conformément au calendrier établi, quand les Libanais pourront-ils palper une amélioration de l’alimentation en courant électrique et une baisse du rationnement?
Comme je l’ai expliqué, chacun des appels d’offres comporte une étape sur le court terme et une autre sur le long terme. Lorsque les contrats seront signés, nous aurons une idée pour le court terme et nous pourrons alors avancer une date précise.

Quand le premier puits de gaz sera-t-il foré?
Le forage commencera en décembre. Ils ont besoin de 55 jours pour achever les travaux. Nous déployons des efforts nuit et jour pour que tout soit prêt afin qu’ils puissent commencer à la date prévue. Notre ministère n’est pas le seul concerné. Il y a des permis et des licences qui doivent être délivrés par plusieurs ministère et organismes. Ce dossier aussi est sur la bonne voie.

Il n’est pas lié au tracé des frontières avec Israël?
Non. Surtout le bloc 4, au Liban-nord. Comme c’est le premier forage au Liban, ça a pris le temps nécessaire pour tout étudier et obtenir tous les permis. C’est très positif d’avoir notre premier forage avant la fin de l’année.

Qu’en est-il de la prospection on-shore?
La loi a été renvoyée au Conseil des ministres pour un examen des commentaires et des remarques qui ont été formulés par les parties concernées.

Une question sur votre vie privée si vous le permettez. Vous attendez votre 2ème fille. Parvenez-vous à allier vos grandes responsabilités avec votre situation de maman qui attend un enfant?
Dire que c’est facile serait malhonnête, surtout que la grossesse en elle-même est fatigante et prenante. Mais pour l’avoir vécu, depuis maintenant 9 mois, j’encourage toutes les femmes à ne pas se démotiver ou mettre leur carrière entre parenthèse. Si vraiment elles aiment ce qu’elles font et veulent continuer, elles peuvent faire les deux en même temps.

Paul Khalifeh
 

Ecrivez un commentaire

Assurez-vous d’avoir inscrit les informations requises, là où c’est indiqué.

Éditorial
Tout n’est pas perdu

L’exploitation à des fins politiques des difficultés économiques et du malaise social actuels est malvenu autant que les arguments avancés par les gens au pouvoir pour se dédouaner, justifier leur incurie et leur incapacité à faire face aux défis, en se barricadant derrière l’héritage du passé. Certes, l’héritage est lourd, difficile à gérer, mais le pouvoir est continuité et les dirigeants d’aujourd’hui ne peuvent pas rejeter sur ceux d’hier la responsabilité de ce qui nous arrive.Nous payons aujourd’hui le prix des choix économiques erronés et des politiques financières impertinentes qui ont occasionné d’immenses dommages, qui, nous en sommes convaincus, ne sont pas irréparables. Ces choix se résument à la politique d’endettement justifiée au sortir de la guerre par les besoins de la reconstruction d’un pays dévasté par une folie meurtrière qui a duré 15 années. Des dizaines de milliards de dollars ont été dépensés pour, soi-disant, financer de nouvelles infrastructures et la remise à niveau des anciennes. En réalité, une infime partie de ces fonds est allée à ce à quoi ils étaient destinés et le reste a fini dans les poches de la classe dirigeante. Combien de Premiers ministres, aux moyens modestes, ne sont-ils pas devenus des tycoons? Combien de ministres ne se sont-ils pas transformés en banquiers ou de députés en entrepreneurs et en hommes d’affaires? L’argent est allé enrichir une nouvelle classe politique de basse extraction morale, parasitaire et sans scrupules, qui a pillé le pays pendant un quart de siècle. L’endettement s’est poursuivi outrancièrement, non plus pour financer la réhabilitation de l’infrastructure, mais pour payer le service de la dette. Le pays s’est alors installé au fil des ans dans un cercle vicieux qui aurait dû le précipiter dans l’abîme depuis des années, mais la catastrophe a été évitée en raison de la conjoncture internationale, entre 2008 et 2010, qui a permis au Liban d’attirer des dizaines de milliards de dollars qui fuyaient les économies occidentales meurtries par la crise mondiale.Au lieu de mettre à profit ce sursis providentiel, la classe politique corrompue a poursuivi son pillage systématique des ressources de l’Etat, jusqu’à ce que nous arrivions au point où nous en sommes aujourd’hui.Tout n’est perdu. Mais l’heure n’est plus aux mesquineries et aux règlements de compte. Il faut repenser tout le modèle économique, jeter aux oubliettes la mentalité rentière et revenir au cycle de la production. Il faut impérativement réduire la facture des importations qui s’élève à 16 milliards de dollars par an, une somme injustifiée pour une population de 4,5 millions d’habitants. Il faut la réduire de plusieurs milliards de dollars, pour ne plus dépendre autant des humeurs du billet vert et des pressions de son géniteur. Pour cela, les Libanais ont un rôle à jouer. Ils doivent reprendre confiance dans leurs capacités à créer et à fabriquer des produits à valeur ajoutée. Ils doivent consommer libanais. C’est dans cet esprit que Magazine a consacré son dossier de couverture, ce mois-ci, à l’industrie libanaise dans toutes ses déclinaisons. En achetant libanais, nous réduisons la facture des importations et, par conséquent, le déficit de la balance des paiements. Mais pas seulement. Nous boostons la production locale, ce qui poussera les industriels à créer des emplois, et qui conduira, forcément, à la relance de la consommation. En achetant un produit libanais, chacun d’entre nous, à son niveau, contribue à l’apparition d’une dynamique vertueuse, seule capable de briser le cercle vicieux dans lequel ceux qui nous gouvernent ont plongé notre pays. ●


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

L’entretien d’un potager
S’engager dans le secteur agricole revient à dire se soumettre au caractère ingrat du métier. Du moins, au Liban. Nombre de citoyens s’adonnent à cette pratique, que ce soit par…

Santé

Maladie de Parkinson. Les cellules cérébrales endommagées bientôt rétablies?
La science continue encore et toujours de nous étonner. Une découverte importante pour les personnes souffrant de la maladie de…

Bannière
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved