Philippe Riès, journaliste. «Carlos Ghosn est victime d’une conspiration»
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Nº 3104 du vendredi 2 août 2019

Philippe Riès, journaliste. «Carlos Ghosn est victime d’une conspiration»

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    Philippe Riès, journaliste. «Carlos Ghosn est victime d’une conspiration»
    Ancien directeur du bureau de l’AFP à Tokyo, Philippe Riès est aussi l’auteur avec Carlos Ghosn de Citoyen du Monde (Grasset, 2003). Il a pu rencontrer début juillet à trois...
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Ancien directeur du bureau de l’AFP à Tokyo, Philippe Riès est aussi l’auteur avec Carlos Ghosn de Citoyen du Monde (Grasset, 2003). Il a pu rencontrer début juillet à trois reprises M. Ghosn lors d’un passage à Tokyo, où il a eu deux interventions consacrées à cette affaire. Pour ce journaliste économique chevronné, spécialiste de l’Asie, l’ancien Pdg de l’alliance Renault-Nissan a été victime d’une révolution de palais. Entretien.


Vous avez rencontré récemment à Tokyo Carlos Ghosn. Comment l’avez-vous trouvé?
Sur le plan moral, je n’ai jamais eu trop d’inquiétudes dans la mesure où, ayant résisté à son arrestation et à 130 jours d’emprisonnement dans des conditions très difficiles, je pensais qu’il était dans un état d’esprit extrêmement combattif et résolu. C’est en effet ce que mes rencontres avec lui m’ont permis de confirmer. Sur le plan physique, il m’a avoué qu’il était sorti de prison très affaibli et qu’il s’en remet, qu’il avait récupéré 90% de ses capacités. Les conditions imposées par les autorités japonaises sont scandaleuses. Il est privé de sa femme Carole, et le soutien du conjoint est tout à fait essentiel. Il n’y a pas de doute que cette revendication du procureur, acceptée par le juge puisque l’appel présenté par les avocats a été rejeté trois fois de suite, fait partie de la campagne visant à briser sa volonté et l’amener à reconnaître les accusations dont il se dit innocent.

Vous êtes assez critique vis-à-vis du système judiciaire japonais. Vous parlez d’intimidation, de discrimination dans l’affaire Ghosn. Sur quoi vous basez-vous pour émettre un tel avis?
J’ai donné au Japon, en juillet, deux interventions importantes, la première devant le Foreign correspondent club of Japan, une institution très prestigieuse. J’ai essayé de donner ma vision de cette affaire en insistant notamment sur un point très sensible pour les Japonais, qui est que j’estime – et je ne suis pas le seul à le penser – qu’il y a discrimination dans la procédure à l’encontre de Ghosn. Beaucoup de Japonais, critiques de ce système de l’instruction et de l’accusation, estiment qu’il est mauvais. Je ne dis pas que Carlos Ghosn est discriminé parce qu’il est étranger, mais pour des raisons politiques. La meilleure preuve de cette discrimination est l’indulgence incroyable du procureur à l’égard du directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa, qui a été partie prenante et signataire de la plupart des opérations qui sont reprochées à Ghosn. Non seulement il n’a pas été emprisonné, arrêté, mais simplement et très brièvement questionné par le procureur qui l’a laissé repartir en acceptant son explication qui est complètement surréaliste puisqu’il a affirmé avoir signé tous ces documents sans comprendre de quoi il s’agissait. Donc là, on se moque du monde. D’autre part, il y a eu dans un passé récent d’innombrables scandales de très grande ampleur dans des entreprises japonaises avec des pertes colossales comme Toshiba, ou avec des conséquences catastrophiques pour la planète entière comme le drame nucléaire de Fukushima, qui a conduit à l’arrêt de l’industrie nucléaire dans beaucoup de pays dont le Japon. Nous savons maintenant que l’entreprise qui opérait la centrale nucléaire s’est rendue coupable de graves manquements et erreurs, comme par exemple le fait d’avoir construit une digue pas assez haute… et pourtant, la justice n’a rien fait. La deuxième chose, c’est l’intimidation. Je m’adressais au club où devait s’exprimer Carlos Ghosn, mais il a été arrêté 48h après l’annonce de sa conférence. C’est une intimidation pour le faire taire de la part de l’alliance très forte entre la direction de Nissan et le procureur de Tokyo. Il y a aussi une campagne de fuite, d’insinuations, visant à atteindre Ghosn à travers la diffamation systématique. Il s’agit d’essayer de le réduire au silence. Et bien entendu, lui-même, sa famille et ses avocats sont désormais très prudents quant à la perspective d’une nouvelle prise de parole.   

Carlos Ghosn peut-il espérer un procès juste et équitable dans ces conditions?
J’ai évoqué dans une tribune que j’ai publiée dans le Financial Times un procès de Moscou, organisé par Staline pour éliminer la vieille garde bolchévique. Il y a beaucoup de similarités comme je l’ai expliqué au Foreign correspondent club et aussi lors d’un symposium organisé par le Barreau national du Japon, c’est-à-dire l’association où doivent adhérer tous les avocats japonais. Les similitudes sont par exemple que les accusations sont complètement fabriquées, elles ne tiennent pas. D’ailleurs, de nombreux juristes internationaux considèrent que sur la base de ces accusations, Carlos Ghosn n’aurait jamais dû être arrêté et qu’il s’agissait tout au plus d’affaires relevant du droit civil ou plus simplement d’un conflit interne à l’entreprise dont la justice n’aurait jamais dû être saisie. La deuxième similarité, c’est la campagne de diffamation qui vise Carlos Ghosn, car au Japon il était une figure très populaire et, si vous voulez l’éliminer, il faut d’abord détruire son image publique. Troisième similitude, les conditions de détention, qui sont hors normes dans un système démocratique: la durée de l’emprisonnement de M. Ghosn et le fait qu’il était en isolement complet. Ce n’est pas digne d’un pays démocratique. Je maintiens cette comparaison avec le procès de Moscou et dans mon intervention au symposium, j’en ai ajouté une nouvelle en entendant l’avocat de M. Ghosn, Me Takashi Takano, qui soulignait le fait que certains éléments essentiels de la procédure d’instruction ne respectaient pas les droits de l’individu tels que stipulés dans la Constitution japonaise de 1946. J’ai rappelé, dans ce contexte, que la Constitution de l’Union soviétique était la plus démocratique du monde mais le pouvoir politique ne la respectait pas et, toute proportion gardée, nous sommes ici dans une situation similaire. Il y a des garanties qui existent dans la Constitution japonaise mais le procureur ne les respecte pas avec l’aval du juge.

Vous utilisez le mot «conspiration» quand vous évoquez l’affaire Ghosn. Pourquoi?
Ce n’est pas parce qu’il y a des théories de la conspiration très à la mode et parfois extravagantes que cela signifie qu’il n’y a pas des gens qui conspirent réellement. Dans cette affaire très compliquée, il y a en effet eu un coup d’Etat, une révolution de palais pour mettre Carlos Ghosn hors-jeu. Il faut beaucoup de temps pour expliquer les tenants et les aboutissants de cette révolution de palais. Ce qu’on peut dire rapidement, c’est qu’à la suite d’initiatives prises de manière pour le moins maladroite par le gouvernement français à partir de 2014-2015, quand Emmanuel Macron, aujourd’hui président de la République, était ministre de l’Economie, la partie japonaise, ou en tout cas un certain nombre de dirigeants de Nissan, se sont inquiétés d’un éventuelle prise de contrôle de l’alliance Renault-Nissan pas seulement par Renault mais par une entreprise Renault où l’influence de l’Etat français aurait été très renforcée. Cette inquiétude était liée au fait qu’approchant les 65 ans, le problème de la succession de Carlos Ghosn allait se poser à un moment ou un autre. Or, il avait été le garant de deux éléments essentiels dans le succès de l’alliance Renault-Nissan: la première garantie c’est que Renault restait gérée de manière indépendante par rapport à l’Etat français. La deuxième était précisément que Renault, bien qu’étant l’actionnaire majoritaire de Nissan (43%, ndlr), continuait à respecter l’autonomie de Nissan, la personnalité de l’entreprise, ses marques commerciales. Ceci d’ailleurs était depuis le début au cœur de l’alliance, qui n’avait jamais été envisagée comme une fusion pure et simple au terme de laquelle les deux entreprises seraient devenues une seule. Ensuite, il y a eu un autre élément: cette autonomie de Nissan dépendait dans une large mesure de la performance de Nissan. Or, ces deux dernières années, alors que Carlos Ghosn avait confié la direction de l’entreprise à Hiroto Saikawa, il faut bien dire que cette performance économique a commencé à se détériorer sérieusement. Il y avait manifestement un problème de pilotage de l’entreprise. C’est dans ce contexte qu’a été déclenchée l’affaire, non pas par un lanceur d’alerte, mais par un membre important de la direction de Nissan, Hari Nada, vice-président exécutif chargé des affaires juridiques et légales, extrêmement proche de Carlos Ghosn. Il a été associé à toutes les décisions concernant par exemple la rémunération de M. Ghosn et celle de M. Saikawa. C’est donc dans ces circonstances qu’a été déclenchée cette enquête interne qui a conduit à l’offensive pour éliminer Carlos Ghosn en allant faire une dénonciation auprès du procureur de Tokyo et en organisant son arrestation. C’est uniquement par Nissan que le procureur pouvait savoir quel jour et à quelle heure l’avion devait atterrir. On sait maintenant qu’il y a eu toute une mise en scène pour la télévision et que M. Ghosn a été arrêté au contrôle des passeports. Il y a encore beaucoup de choses à éclaircir concernant ce complot. Nous ferons un jour toute la lumière sur cette affaire même si cela demande des années. Quel a été le degré d’implication du gouvernement ou d’une partie du gouvernement japonais? A quel moment? Dans quelles circonstances? Nous n’avons pas toutes les réponses mais un certain nombre de pistes sur lesquelles nous travaillons. A la suite de l’offensive malheureuse déclenchée par M. Macron en 2014-2015, qui s’est terminée par une sorte d’armistice négocié par Carlos Ghosn, qui se trouvait alors dans une position d’arbitre, l’affaire a abouti à des résultats opposés à ce que cherchait le gouvernement français. La position de Renault a été ainsi affaiblie dans l’alliance Renault-Nissan. Par exemple, Renault s’engageait à ne jamais s’opposer aux décisions de Nissan (…). L’Etat français ne s’est pas arrêté là. En mars 2018, il y a eu de nouveau une initiative française qui a inquiété la partie japonaise quand Martin Vial, qui gère le considérable portefeuille que possède l’État dans de nombreuses entreprises, dont les 15% de Renault, est venu à Tokyo pour rencontrer Hari Nada afin de lui présenter un projet d’intégration encore plus forte entre Renault et Nissan. Cette question n’avait jamais été discutée au Conseil d’administration de Renault. C’était une initiative pure et simple du gouvernement français. Cela a augmenté le degré d’inquiétude chez un certain nombre de cadres dirigeants de Nissan sur le fait que l’entreprise risquait de faire l’objet d’une nationalisation rampante. Nous ne savons pas exactement ce que Vial a dit à Nada. Si nous étions aux Etats-Unis, ou si le Parlement Français faisait son travail correctement – c’est une affaire considérable qui met en jeu des centaines de milliers d’emplois dans le monde –, il y aurait eu en France une enquête parlementaire, ou tout au moins une audition des hauts fonctionnaires pour savoir ce qui s’est passé exactement et qui a conduit à l’arrestation et à l’emprisonnement de Carlos Ghosn. Une chose est certaine: les Japonais, manifestement, et peut-être en raison de ce qui a été dit à Tokyo par le représentant au gouvernement français, ont commencé à penser que Carlos Ghosn, n’était plus le garant de leur autonomie, de leur identité, mais qu’il avait changé ou choisi son camp. Une analyse possible, qui me paraît valable, c’est qu’ils ont pensé que le meilleur moyen de préserver leur autonomie, de résister à cette pression renouvelée de la France, était d’éliminer M. Ghosn. CQFD (Ce qu’il fallait démontrer).

Le gouvernement libanais assume-t-il ses responsabilités avec Carlos Ghosn, qui est aussi un citoyen libanais?
Je l’ai dit à de nombreuses occasions, le gouvernement français et M. Macron ne lèveront pas le petit doigt non seulement pour défendre Carlos Ghosn mais même pour mettre en cause le traitement qui lui est infligé au Japon, qu’il soit innocent ou coupable. Personne ne demande au gouvernement français de se porter garant de sa non culpabilité. Beaucoup s’interrogent sur l’attitude du gouvernement français. M. Ghosn bénéficie du traitement diplomatique minimum. L’ambassadeur de France à Tokyo a fait le maximum pour le soutenir mais manifestement sans avoir la moindre consigne venant de Paris. Je pense qu’en réalité, M. Macron personnellement et le gouvernement français en général sont tout à fait ravis d’être débarrassés de lui. La première raison, pour M. Macron, c’est que cette affaire est la meilleure façon de faire oublier sa responsabilité personnelle au début de la crise. Deuxièmement, ils ont pu nommer à la tête de Renault, après la démission forcée de M. Ghosn, Jean-Dominique Sénard, dont honnêtement la carrière ne me paraît pas véritablement indiquée être à la hauteur des défis. Il faut savoir que les huit entreprises dépendant de l’alliance Renault-Nissan, qui emploient 400 000 salariés dans le monde, vont subir les conséquences de cette affaire. Nous allons assister à une dégradation des performances de Nissan ce qui aura forcément des conséquences sur Renault. Ils ont choisi la fuite en avant. A la suite de l’élimination de M. Ghosn, ce sont des dizaines de cadres étrangers qui sont licenciés ou démissionnaires de Nissan. On a le sentiment que nous sommes devant une opération de purge. Si c’est le cas, alors nous avons encore un élément supplémentaire pour conforter la comparaison avec un procès de Moscou.
Dans la mesure où Carlos Ghosn ne peut attendre aucune forme de soutien de la part du gouvernement français, il est évident qu’il a absolument besoin d’un appui diplomatique du gouvernement libanais. Il est tout à fait possible que le traitement infligé à M. Ghosn au Japon soit contraire à certains engagements internationaux du gouvernement japonais. Il y a une plainte en cours à l’Onu devant la Commission des droits de l’homme, déposée au nom de la famille de M. Ghosn par un avocat français. Mais c’est une plainte individuelle. Ce qui nous intéresse, c’est de rechercher s’il y a des conventions internationales, dont le Japon est signataire, et que le traitement qui lui a été infligé violerait. C’est le cas par exemple du droit du commerce international ou de la concurrence. Très souvent, il faut que cela soit un gouvernement, pas un individu ou une entreprise, qui porte plainte. Je ne sais pas s’ils trouveront le biais pour attaquer le Japon. Si cela se fait, je ne vois pas une autre possibilité à part le gouvernement libanais pour porter plainte.

Paul Khalifeh

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 Paul Khalifeh
   

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