Deal du siècle. Tout ce qu'il faut savoir
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Nº 3102 du vendredi 7 juin 2019

Deal du siècle. Tout ce qu'il faut savoir

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Maintes fois reporté, le plan de paix controversé de la Maison-Blanche est annoncé pour la fin du mois de Ramadan même s’il est peu probable qu’il soit dévoilé avant la formation du gouvernement israélien. D’ores et déjà, les spéculations autour des clauses supposées de «l’accord ultime» confortent les appréhensions, alimentent les critiques présageant de son «échec ultime».

Alors que se rapproche l’heure de vérité, les contours du plan de paix israélo-arabe se précisent. Les informations se multiplient et les récents flux de fuites complétées par les déclarations de responsables de l’administration américaine revêtent désormais une cohérence suffisante à même d’en donner un aperçu plausible.
Curieusement, ce sont des médias israéliens qui en ont diffusé les révélations les plus récentes qui corroborent pour l’essentiel celles déjà relayées par diverses sources. Dernières en dates, celles divulguées le 8 mai par le quotidien Israel Yahom, qui prônent une ligne éditoriale en faveur du Premier ministre israélien. Voici en substance ce que prévoirait cet accord. 
Toutes les colonies de peuplement illégales en Cisjordanie seraient annexées à Israël. Ce qui représenterait la plus grande partie de la zone C, soit 62% de la Cisjordanie, et ne laisserait aux Palestiniens la charge nominale que sur 12% de la Palestine historique. La vallée du Jourdain, dont 85% est interdite d’accès aux Palestiniens, resterait entre les mains des Israéliens en vue d’une future annexion. L’entité proposée serait nommée «Nouvelle Palestine» et n’aurait rien à voir avec la Palestine préconisée par le droit international. Elle s’étendrait sur des fragments de la Cisjordanie occupée – sans les colonies ni Jérusalem –  ainsi que sur une version élargie de la Bande de Gaza. Une formule hybride qui consisterait en un «Gaza-plus» en échange d’un «Etat-moins» ou «State-minus» tel que déjà proposé par Netanyahu en janvier 2017. Selon Jonathan Cook, journaliste spécialiste du conflit israélo-palestinien, cette «Nouvelle Palestine» existerait sous la forme «d’une série de cantons distincts, ou bantoustans, entourés d’une mer de colonies israéliennes – qui doivent désormais être déclarés comme faisant partie d’Israël». Des incitations financières seraient fournies principalement par des Etats du Golfe, dont une enveloppe de près de 30 milliards de dollars sur 5 ans pour aider à sa mise en place.

Seulement une police
Démilitarisée, elle aurait juste une force de police légèrement armée, la mission de la défendre reviendrait à Israël à condition qu’elle lui en paie le prix. Ce qui arrive à la «Nouvelle Palestine» après cette période de cinq ans n’est pas clair dans le document mais étant donné que les territoires qui lui restent sont les plus pauvres en ressources, il lui serait difficile d’atteindre une autosuffisance et dépendrait de l’aide internationale. Un port et un aéroport devraient être érigés pendant les cinq années et, un an après l’accord, des élections seront organisées.
Jérusalem est décrite comme étant une «capitale partagée» mais la réalité est tout autre. La «capitale» qui serait attribuée aux Palestiniens se trouverait à proximité des frontières municipales de la ville sainte. Il s’agirait probablement de Abou Dis, une localité pauvre et densément peuplée située à 4 km à l’est de Jérusalem et qui en est séparée par le mur.
La seule concession significative serait que les Israéliens ne soient pas autorisés à acheter des maisons palestiniennes, empêchant en théorie une nouvelle prise de contrôle de Jérusalem-est par des colons. Les lieux saints resteraient tels et il est fait état d’un projet visant à créer un étroit corridor entre Abou Dis et al-Aqsa afin que les Palestiniens puissent y accéder. Aucune mention à la question des réfugiés mais les récentes mesures prises par Washington à l’encontre de l’UNRWA constituent une volonté de remettre en cause les droits des palestiniens à l’aide et le droit des descendants des réfugiés de 1948 à leur statut.

Quel sort pour Gaza?
Gaza fait l’objet d’une série de mesures relatives à son ouverture et à son extension économique. Un corridor terrestre devrait relier la Cisjordanie et la bande de Gaza. Des investissements pour des projets d’infrastructures, dont une zone industrielle et un aéroport sont prévus dans le Sinaï voisin mais les Palestiniens qui y travailleraient ne seraient pas autorisés à y résider. L’étendue de cette zone, louée à l’Egypte, serait déterminée lors des négociations.
Le 11 mai, le site d’informations Middle East Eye a publié les déclarations faites par un haut diplomate américain impliqué dans la préparation du plan; il s’agirait des informations les plus détaillées jamais publiées. Ce dernier a déclaré que l’accord se voulait «une vision» plutôt qu’un plan détaillé et que le rôle de la partie américaine serait celui d’un «facilitateur», pas médiateur ni arbitre, entre les parties précisant qu’ils «peuvent avoir deux États, un État, une confédération, une fédération ou ce qu’ils veulent appeler». Il a également confié qu’Israël garderait le contrôle des colonies, de la vallée du Jourdain et des frontières pendant cinq ans tandis que se poursuivraient les négociations sur le statut final. La vieille ville de Jérusalem et les colonies seraient reconnues comme israéliennes tandis que les Palestiniens n’auraient accès qu’aux sites sacrés. Cependant, les quartiers palestiniens feraient partie d’une entité palestinienne. Gaza passerait sous contrôle de l’Autorité palestinienne (AP) à qui le Hamas devrait remettre ses armes. La seule concession demandée aux Israéliens serait le gel de la construction de colonies en Cisjordanie au cours des cinq premières années mais ils pourraient poursuivre la construction de colonies dans les zones qui devraient faire partie d’Israël dans l’accord final. La question des colonies, de la vallée du Jourdain, des frontières et des réfugiés sera reléguée à d’hypothétiques négociations sur le statut final.
En plus de fortes incitations financières le plan vise à créer un cadre régional incluant de nombreux pays arabes. L’équation globale serait de proposer des incitations financières aux Palestiniens en lieu du principe fondamental «Terre contre Paix».

Implantation
Un rapport cité par Israel National News le 5 avril indique que le Liban sera invité à accorder la citoyenneté aux Palestiniens présents sur son territoire. Il sera également demandé à la Jordanie de naturaliser un million de réfugiés et de céder à Israël deux zones actuellement louées par l’État juif. En contrepartie, elle recevrait une compensation d’environ 45 milliards de dollars. Riyad céderait également des territoires à la Jordanie le long de la frontière. L’Égypte jouerait également un rôle majeur en accordant l’accès de parties du nord du Sinaï aux travailleurs de Gaza et devrait recevoir 65 milliards pour des projets dans cette zone.
Jared Kushner, l’architecte en chef du plan, a multiplié récemment les interventions pour en préciser, par petites touches, sinon le contenu du moins les grandes lignes notamment lors d’une d’une conférence organisée le 2 mai par le Washington Institute for Near East Policy.
Sans s’étendre sur les détails du plan, il l’a décrit comme un «document opérationnel approfondi» non ancré dans les précédentes négociations infructueuses ou les arguments obsolètes. «Nous élaborons un très bon plan d’entreprise comportant un élément économique déterminant pour que les Palestiniens puissent progresser sur le plan économique», a-t-il déclaré. Un plan axé sur la sécurité pour les Israéliens et le renforcement de l’amélioration de la qualité de vie des Palestiniens, en insistant moins sur leurs «aspirations politiques». Il a aussi assuré que la reconnaissance de la ville sainte comme capitale d’Israël «ferait partie de tout accord final».
Interrogé quant à la possibilité de souscrire à l’idée d’un État démilitarisé-«State-minus», Kushner a déclaré qu’il voulait éviter totalement le terme «État»: «Si vous dites deux Etats, ça veut dire une chose pour les Israéliens, ça veut dire une autre chose pour les Palestiniens.»
L’initiative offrirait aux Palestiniens une version améliorée du statu quo insistant sur «l’autonomie» au détriment de la «souveraineté» ont confié des responsables américains le 14 avril au Washington Post, et supprimerait le statut d’État en tant que principe de base des efforts de paix, comme il l’a été au cours des deux dernières décennies.
Une rupture incarnée par le secrétaire d’État Mike Pompeo lequel a déclaré qu’il ne pensait pas que l’extension de la souveraineté israélienne aux implantations en Cisjordanie puisse nuire au plan de paix.

L’accord d’Oslo n’est plus
Fait révélateur le dernier rapport annuel du Département d’État américain sur la situation des droits de l’homme dans le monde, publié en avril, abandonne pour la première fois l’expression «territoires palestiniens occupés».
«Les remarques de Pompeo selon lesquelles ce plan représente un changement significatif par rapport au modèle suivi sont le dernier signal que ce plan, s’il est présenté un jour, ne ressemblera en rien aux modèles précédents des deux États» a déclaré Dan Shapiro, ancien ambassadeur américain en Israël.
«Ce qui a été tenté auparavant a échoué», a estimé Mike Pompeo, «Je pense que nous avons des idées neuves, fraîches et différentes.» Aussi, le plan devrait rompre avec le consensus traditionnel et les principes du droit international sur les questions-clés liées aux droits des Palestiniens. Il constitue une tentative de rayer l’équation «Terre contre Paix» incarnée par la reconnaissance des annexions de Jérusalem et du Golan par Israël. Toutes les questions qui relèvent du statut final d’Oslo sont en train d’être éliminées une par une dans le cadre du «Deal of the Century» qui s’apparente à une réédition réactualisée des précédentes propositions américaines et devrait connaître le même sort.

Camille Najm

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Éditorial
L’inacceptable dictaturedes agences de notation

Le gouvernement avait à peine approuvé le projet de budget 2019 que l’agence de notation internationale Standard & Poor’s (S&P) se fendait d’un commentaire négatif, expédié sous forme de mail. Signé par Zahabia Salim Gupta, analyste chargée du Liban à S&P, le communiqué estime que l’objectif de réduction de déficit public annoncé par le gouvernement libanais pourrait ne pas suffire à redonner confiance aux investisseurs. «Nous estimons que le déficit atteindra environ 10% du PIB en 2019 (…) En l’absence de mesures substantielles pour augmenter les recettes de l’État et réduire ses dépenses, nous tablons sur une augmentation du ratio dette/PIB, qui atteindra un seuil de 160% en 2022», a notamment affirmé Zahabia Salim Gupta.Ce jugement précipité – de l’avis des plus éminents experts économiques libanais – qui donne un mauvais signal à la communauté des affaires, aux investisseurs et aux citoyens libanais, suscite de nombreuses interrogations de par son timing et ses objectifs réels. Pour quelqu’un qui brandit l’argument de la «confiance», Mme Gupta n’a pas l’air très soucieuse d’aider à la rétablir. Sauf si son véritable but est justement de procéder à un travail de sape de ce qu’il reste de confiance dans l’économie libanaise et dans sa capacité à se redresser.En lisant ces lignes, certains nous accuseront de voir des complots partout. Libre à eux de se complaire dans leur naïveté et de continuer à prendre pour parole d’Evangile ce qui est émis par ces sacro-saintes institutions internationales. Libre à eux, aussi, de ne pas douter des compétences de ces experts et de refuser de leur attribuer des intentions douteuses.Pour notre part, nous gardons en mémoire les graves dysfonctionnements des agences de notations qui se sont lourdement trompées à plusieurs reprises ou qui ont failli au rôle de régulateur qui leur a été conféré, sans qu’elles ne le méritent réellement.L’incapacité des grandes agences à anticiper la crise des subprimes aux Etats-Unis, en 2007-2008, a soulevé de nombreuses interrogations non seulement quant à leurs réelles compétences et à leur efficacité mais aussi au sujet de leur code d’éthique et de leur échelle de valeur. Ceux-ci semblent essentiellement guidés par la profitabilité.Concernant Standard & Poor’s, nous rappelons à ceux qui s’émerveillent devant ses jugements, que cette agence, comme toutes les autres d’ailleurs, collectionnent les prestations douteuses. L’agence a été publiquement sanctionnée en juin 2014 par l’Autorité européenne de surveillance des agences de notation pour avoir «par erreur» annoncé une dégradation de la note de la France en 2011.En 2015, la Securities and Exchange Commission (SEC) aux Etats-Unis a décidé de bannir pour un an Standard &