Kristalina Georgieva, commissaire européenne pour l’humanitaire. «Nous accueillons les chrétiens qui souhaitent quitter la Syrie»
Logo

Nº 2876 du vendredi 21 décembre 2012

Kristalina Georgieva, commissaire européenne pour l’humanitaire. «Nous accueillons les chrétiens qui souhaitent quitter la Syrie»

  • taille de la police diminution de la taille de police diminution de la taille de police augmentation de la taille de police increase font size
  • A
    De
    Message
    Kristalina Georgieva, commissaire européenne pour l’humanitaire. «Nous accueillons les chrétiens qui souhaitent quitter la Syrie»
    La commissaire européenne pour la coopération internationale, pour l’aide humanitaire et pour la réaction aux crises, a effectué une visite au Moyen-Orient pour évaluer la situation liée au conflit syrien....
  • 1
Notez cet article
(2 votes)
A- A+


La commissaire européenne pour la coopération internationale, pour l’aide humanitaire et pour la réaction aux crises, a effectué une visite au Moyen-Orient pour évaluer la situation liée au conflit syrien. Elle a entamé sa tournée au Liban au côté du Haut-commissaire de l’UNHCR, Antonio Gueterres. Entre un voyage dans la Békaa à la frontière syro-libanaise, une visite des camps palestiniens et des entrevues politiques, elle a répondu aux questions de Magazine.


53% de l’aide humanitaire en Syrie et dans les pays voisins sont d’origine européenne. Parallèlement, l’Union européenne a pris clairement parti dans le conflit syrien. Cette petite contradiction pose-t-elle un problème sur le terrain?
Non, absolument pas. Avec l’Union européenne, nous adoptons une approche strictement humanitaire, c’est-à-dire complètement neutre. Nous ne nous occupons que de deux questions. D’abord, les besoins sont-ils réels et cruciaux? Ensuite, avons-nous les moyens de les aider? On ne s’occupe ni de politique, ni de religion. En Syrie, une partie de notre aide est adressée aux territoires contrôlés par le gouvernement, une autre aux territoires disputés et une autre aux territoires contrôlés par les rebelles. Nous donnons autant que possible et partout. Mais nous n’avons pas la possibilité logistique de subvenir aux besoins de tous les Syriens. Disons que sur quatre à cinq millions de personnes qui auraient besoin de notre secours, on ne parvient véritablement à aider que 800000 à 1500000 personnes. Et les nécessités augmentent chaque jour, en Syrie où il y a déjà plus de 1200000 déplacés et dans les pays frontaliers où on vient de franchir la barre des 500000 réfugiés.

Justement à propos des pays frontaliers et en particulier du Liban. On sait que les chancelleries occidentales font un effort spécial pour maintenir la stabilité. Dans quelle mesure les réfugiés sont-ils un facteur de troubles?
L’augmentation soudaine d’une population n’est jamais innocente. C’est un fardeau pour la société libanaise. Mais au-delà des implications économiques directes qu’on retrouve dans tous les pays qui accueillent des réfugiés, il faut bien voir que les réfugiés qui arrivent au Liban sont souvent parties prenantes à ce conflit. On retrouve ici les mêmes communautés ethniques et religieuses, les mêmes parties et plus ou moins les mêmes lignes de fractures.
Ces dernières semaines, la crise s’est accrue avec la question sensible des réfugiés palestiniens. Sur les 500000 réfugiés palestiniens en Syrie, il y en a déjà 10000 qui sont arrivés au Liban. Et s’il y a une augmentation substantielle de la pression autour des camps palestiniens, on peut s’attendre à ce qu’une grande partie d’entre eux viennent au Liban parce qu’il existe d’ores et déjà une importante communauté palestinienne. Nous avons visité un des camps. Le manque de ressources est flagrant, le taux de chômage y est absolument gigantesque. Vous imaginez si les populations doublent? Triplent? Pour toutes ces raisons, l’UE aide et doit aider plus encore l’UNHCR, l’UNRWA et le WFP (le Programme alimentaire mondial).  

Et les réfugiés irakiens de Syrie?
Pour l’instant la priorité, ce sont les Palestiniens. Parce que les Irakiens sont moins nombreux (ndlr: 100000). Peut-être 70% d’entre eux ont déjà quitté la Syrie. Les perspectives montrent que la question majeure reste celle des Palestiniens.

Les chrétiens en Syrie souffrent comme leurs frères du Moyen-Orient de sévères discriminations, de violences et d’intimidations. Particulièrement à Homs. Quelles solutions mettez-vous en place pour eux?
Nous sommes toujours concernés par le destin des minorités surtout quand les conflits se communautarisent. Nous nous occupons des druzes, des musulmans et des chrétiens. Nous essayons de leur fournir une protection humanitaire particulière. Mais nous ne les aidons pas parce qu’ils sont chrétiens, ni parce qu’ils sont alaouites ou druzes, mais parce qu’ils constituent une minorité. Les minorités sont très fréquemment les groupes qui ont le plus besoin de secours.
A côté de cela, le Parlement européen, d’autres commissariats ou certaines ambassades peuvent avoir une approche plus communautaire ou plus politique. Certains proposent par exemple des visas à ceux des chrétiens qui désirent partir. S’ils souhaitent quitter la Syrie parce qu’ils sont menacés nous les accueillons, mais encore une fois c’est le travail des politiques de réfléchir à cela, nous, commissariat à la coopération internationale, travaillons dans une approche purement neutre et a-communautaire. Ces questions se poseront d’autant plus quand le conflit prendra fin.  

Les convois humanitaires font face à de plus en plus d’attaques, comment adapter l’aide à l’augmentation des risques sur le terrain?
Tout à fait, il faut souligner ce nouvel aspect du conflit. Il y a de moins en moins de personnel sur le terrain parce que les conditions de sécurité se détériorent. Depuis le début de la crise syrienne, huit personnes qui étaient en charge d’aide humanitaire internationale et sept engagés dans le Croissant-Rouge arabe syrien sont décédées, au moins dix-huit autres ont été blessées. Nous essayons de faire le plus possible malgré la dangerosité. Les hôpitaux sont ravagés, les produits de première nécessité pour les bébés ou les femmes enceintes manquent cruellement. Et quand nous en avons, il devient de plus en plus compliqué de les acheminer à bon port en toute sécurité. Il en résulte que de plus en plus de zones n’ont pas accès à notre aide. Nous faisons face à un ensemble de problèmes systémiques comme le traitement des eaux, qui sont la racine de beaucoup d’ennuis. Particulièrement pour Alep. Nous avions obtenu l’autorisation de Damas, pour que huit ONG travaillent en Syrie. Nous avions réparti nos efforts de la manière suivante: 60% de l’aide est adressée sur le territoire syrien et 40% dans les pays frontaliers. Petit à petit avec la dégradation de la situation sur le terrain, la balance se rééquilibre. 50-50 puis à terme peut-être 40% pour l’aide intérieure et 60% pour l’aide extérieure.

 

Vous parlez de l’autorisation de Damas au sujet de huit ONG. Racontez-nous comment se passent les discussions entre vous et le régime syrien?
Au début, seules la Croix-Rouge internationale, l’UNRWA et l’UNHCR, étaient habilitées à agir sur le territoire syrien. Mais attention, ces organisations n’avaient pas le droit de s’occuper des victimes du conflit. Et puis les visas étaient presqu’impossibles à obtenir. Autant vous dire que rien n’était facile. Ensuite la pression internationale en faveur d’une plus grande ouverture à l’aide humanitaire a fait changer les choses. La Syrie participait aux négociations. Russes, Américains, Européens et Arabes allaient dans le même sens. Le Conseil de sécurité s’y est mis aussi. Ce n’est qu’à ce moment-là que le régime a autorisé WFP, UNICEF UNHCR et UNRWA à agir. A côté de cela, huit ONG (dont sept européennes) ont obtenu des accréditations et travaillent aux côtés du Croissant-Rouge arabe syrien et d’ONG locales. Depuis lors jusqu’à la semaine dernière, le personnel humanitaire sur place était en constante augmentation. Récemment, alors que le régime nous avait donné son feu vert après une longue négociation, pour nous rendre à tel endroit, nous avons dû négocier à nouveau avec les autorités locales de Homs pendant trois jours et franchir pas moins de 21 check points. En fait, il y a une réelle destruction de la capacité du pays. Cela va bien au-delà de la simple désorganisation. Il faut derechef préciser qu’il y a 1200000 déplacés internes. Cela ne peut pas ne pas avoir de conséquences.

Est-ce que l’Europe est prête à s’impliquer davantage? A-t-elle les moyens financiers et logistiques de le faire?
Il y a besoin que nous aidions davantage et nous le ferons. Nous ne devons pas nous satisfaire d’être les premiers contributeurs de l’aide internationale. Il faut réaliser enfin que même si le régime venait à tomber demain, les appels au secours ne cesseront pas. Bien au contraire, c’est à ce moment que le plus gros du travail sera à faire.

Propos recueillis par Antoine Wénisch

 

 

1 commentaires

  • lien du commentaire 26.01.13 publié par EDELBY Nagi

    Message À M. Antoine Wenisch,
    Monsieur, si vous avez assisté ce matin au colloque de l'Usj, vous avez probablement pris le passeport d'un autre en déposant votre appareil de traduction. S'il vous plaît me contacter au plus tôt. 03-162108.
    P. Nagi EDELBY , responsable du colloque.

Ecrivez un commentaire

Assurez-vous d’avoir inscrit les informations requises, là où c’est indiqué.

Éditorial
2012 s’achève sans regrets

Nous aurions tant voulu, en cette période de fêtes, offrir du rêve à nos lecteurs. Mais pouvions-nous échapper à cette formule historique, «Annus horribilis», par laquelle la reine d’Angleterre avait résumé en deux mots l’année 1992 marquée pour la famille royale par des divorces successifs? «Annus horribilis», s’écrient donc les Libanais tous concernés par les mêmes problèmes du quotidien et la même inquiétude, à des niveaux divers, autrement plus dramatiques que ceux d’Elizabeth II. Comment donc qualifier 2012? Une année meublée de grèves de tous genres, de sit-in permanents à travers le pays, de combats de rues meurtriers, de routes bloquées au Sud comme au Nord, de multiples enlèvements politiques ou crapuleux, souvent suivis de demandes de rançons de tous genres, de menaces paralysant toute action politique, du boycott d’un dialogue voué à l’échec avant d’être entamé, des appels à la stabilité lancés de l’étranger… Enfin et en bref, des dirigeants qui ne dirigent plus rien dans une République bananière, pour ne pas dire soumise à la loi de la jungle où l’on s’entre-tue autant par les actes que par les discours de bas niveau, triste exemple pour la jeune génération. L’insécurité, tant dénoncée par ceux qui, pourtant en sont responsables, continue à sévir. Nous entendons, après le décompte des victimes de chaque attentat ou de chaque échauffourée, le ministre de l’Intérieur, «assurer qu’il ne pourrait plus accepter l’inacceptable…», qu’il s’apprêtait à donner ses instructions pour que le nécessaire soit fait et qu’il soit mis un terme à «cette situation inadmissible». Cela continue jusqu’à faire dire à ce même ministre qu’il «jurait par sa mère être las et n’en pouvoir plus». On se souvient encore, qu’il y a peu de temps, il avait décrété un «mois de la sécurité». Grands biens lui fassent. Nous avons vu les agents de la sécurité se déployer dans les quartiers les plus tranquilles, histoire de rassurer au moins ceux qui ne sont pas concernés par le désordre régnant.   Faut-il à tout prix démontrer au monde que le Liban n’est toujours pas majeur. Dans les années 70, un Premier ministre en poste, aujourd’hui disparu, déclarait dans une conférence de presse que «le pays à trente ans n’était pas encore majeur…». Il ne l’est visiblement pas encore. D’une tutelle à l’autre, les Libanais ne sont toujours pas maîtres chez eux. Preuve en est la réunion officielle de quatre diplomates étrangers à l’invitation d’une chancellerie non moins étrangère, en l’absence de tout responsable libanais sur le territoire libanais et l’annonce, au Liban, par communiqué de leur position dans un conflit étranger. Sur cette situation de troubles sécuritaires, se greffe un malaise social toujours plus profond et plus inextricable. Les salariés vivent carrément dans la rue depuis plusieurs mois. Ils ne réclament rien de plus que le respect des promesses qui leur ont été faites. Certes, nous comprenons que la trésorerie nationale ne permet pas de telles dépenses, mais nous ne comprenons pas les raisons, sinon démagogiques, qui ont fait prendre au gouvernement, en toute connaissance de cause, de tels engagements. En outre, le temps court et les législatives qui posent, elles aussi, autant de problèmes, ne sont pas assurées pour autant. Les députés, ministres ou non, revêtiront bientôt le costume des candidats, prêts à tout pour plaire à des électeurs de plus en plus réticents. Auront-ils les moyens de satisfaire leurs revendications? Y iront-ils de leurs biens personnels? Les Libanais seront-ils, une fois de plus, bluffés par les discours prometteurs? Difficile pour le moment d’établir des pronostics, à l’ombre du flou qui entoure les projets de loi électorale dont le sort dépend des intérêts individuels ou partisans des uns et des autres et, certainement pas, des aspirations des citoyens à un régime parlementaire, dit démocratique. Devant ce sombre tableau que nous aurions souhaité ne plus voir, il ne nous reste plus qu’à regarder le futur avec plus d’optimisme et à rêver d’un «pays des merveilles» que le vieillard à la barbe blanche, nous apporterait dans sa hotte. L’homme, dit-on, vit d’espoir et de rêves, dans l’Histoire des Libanais, leur pays reste celui des miracles.


 Mouna Béchara
   

Santé

Le second Recueil national des statistiques sanitaires. Des données fiables et utiles
Fournir des statistiques sanitaires et montrer l’évolution des données disponibles au Liban. Tel est l’objectif du Recueil national des statistiques…

Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved