Municipales partielles. Le CDF perd du terrain chez les chrétiens
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Nº 2887 du vendredi 8 mars 2013

Municipales partielles. Le CDF perd du terrain chez les chrétiens

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La défaite de la liste soutenue par Hadi Hobeiche à Kobeyat donne aux partis chrétiens de l’opposition un poids considérable face au Courant du futur (CDF) en vue de la désignation des candidats chrétiens au Nord.

Le jeune député du Akkar a été battu chez lui, dans sa ville natale. Dimanche, les électeurs de Kobeyat ont sanctionné l’action politique et locale du faucon du Courant du futur. Face au trio formé du CPL, des Kataëb et son rival à la députation Mikhaël Daher, la campagne «nationale» de Hadi Hobeiche, axée sur les critiques contre le Hezbollah et les petits services de proximité, a échoué. Depuis 2005, le Courant du futur lui a pourtant donné tous les moyens de réussir. Hobeiche aura bénéficié d’une large couverture médiatique et d’entrées sans pareilles dans les administrations, principalement au sein des forces de sécurité et des banques évoluant dans l’orbite du Courant du futur. Malgré les multiples services rendus aux familles de sa circonscription, 55% des électeurs qui se sont déplacés ont voté contre le pouvoir qu’il exerce dans la région avec son père Fawzi et son frère Ziad. Un scrutin local dont les conséquences sur le plan national, surtout du côté du 14 mars, pourraient être très importantes.
Hadi Hobeiche s’est-il trompé de campagne? Lors du dernier scrutin municipal, en 2010, la liste qu’il soutenait, dirigée par Abdo Abdo, l’a emporté assez facilement. A l’époque, il s’était rallié à la cause des Kataëb et des Forces libanaises. Mais les relations entre le député et le maire se sont rapidement détériorées. Mis en minorité au conseil municipal, Abdo, très apprécié dans le village, a dû démissionner. Conséquence, ce dimanche, la liste soutenue par Hobeiche et dirigée par Michel Hanna a donc affronté une autre formée par l’ancien maire et les Kataëb qui l’ont suivi. Tous les opposants à Hobeiche et au Courant du futur se sont mécaniquement ralliés à la liste Abdo. En plus de l’appareil du CPL, habilement dirigé par le responsable régional du parti Jimmy Jabbour, Abdo Abdo a bénéficié du concours de l’ancien candidat aux dernières élections parlementaires Joseph Mikhaël et du dinosaure Mikhaël Daher. Voilà la première raison de la défaite du député du Akkar.

L’argument des Kataëb
Le résultat du scrutin de Kobeyat, place forte chrétienne de la région du Nord, donne des ailes à l’ensemble des partis chrétiens d’ampleur nationale. Au CPL, en premier lieu. Dans les cercles proches du parti, tous sont unanimes pour saluer le travail et l’organisation de ses sections dans le nord du pays. A l’horizon des dures batailles qui attendent le parti à Batroun et dans le Koura, circonscriptions où règne à leurs yeux l’alter ego de Hobeiche, Farid Makari, la victoire de dimanche met du baume au cœur du parti aouniste.
Du côté de l’opposition, la donne est différente. Derrière les divergences de fond sur la loi électorale, traîne entre le Courant du futur et ses alliés chrétiens la question, ô combien sensible, de la désignation des 14 candidats chrétiens du 14 mars au Nord lors des prochaines élections. Sur les 14 députés en question, quatre sont encartés FL et un seul Kataëb, contre neuf désignés par le Courant du futur. En résumé, les deux partis chrétiens de l’opposition réclament que des personnalités venues de leurs rangs soient désignées. Cette doléance semble plus aiguë du côté des Phalangistes qui, en se basant sur les résultats de dimanche, peuvent arguer du fait qu’ils sont faiseurs de rois. Les responsables du parti à Kobeyat expliquent que les alliances de dimanche, strictement d’ordre municipal, ne préfigurent rien pour les législatives. Mais visiblement, ils ont des choses à négocier avec leur allié.

Julien Abi Ramia

D’autres scrutins importants
Dans le Akkar, les électeurs de Bireh ont également été appelés aux urnes. Neuf candidats soutenus par le Courant du futur et le député Khaled Daher et six candidats de la liste menée par l’ancien maire Mohammad Wehbé ont été élus.
Dans le village de Hemlaya, au Metn-Nord, dont est originaire le patriarche Béchara Raï, avaient lieu des élections municipales pour la première fois. Une élection d’ordre familial où les Rayess et les Raï se sont partagé les sièges, après que le neveu du chef de l’Eglise, Jean-Claude Raï, eut retiré sa candidature. Même schéma familial à Kahhalé, à Aley.
Dans le Chouf, à Dbieh, la liste soutenue par le CPL s’est imposée face à une autre soutenue par le Futur, les FL, le PSP et le PNL de Dory Chamoun.

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Éditorial
L’hiver au printemps

Le mouvement protestataire des fonctionnaires de l’Etat semble évoluer dans une bulle qui plane au-dessus du Liban. Le gouvernement s’agite dans tous les sens. Après tout, ce sont ses employés et il faut bien que la machine tourne, même au ralenti. Mais, pour autant, ce mouvement reste à la marge des préoccupations de la scène politique. Entre la «neutralité positive», expression polie pour décrire l’implication des Libanais dans le bourbier syrien, et la querelle sur la loi qui assurera le plus de prébendes aux prochains élus, il reste peu de place pour des revendications bassement matérielles. Celles-ci, celles des fonctionnaires demandant un salaire qui leur garde leur dignité et, quelquefois, «la poule au pot le dimanche». Pourtant, ce phénomène est remarquable. Par sa direction informelle qui s’est constituée dans la foulée du mouvement, la CGTL, phagocytée par la classe politique, ayant perdu toute crédibilité. Par sa composition interconfessionnelle, par sa résistance à toute récupération politique, par l’absence d’un chef «lumière des travailleurs» et donc nécessairement illuminé. Aussi par le nombre: 200000 employés de l’Etat, plus les enseignants du secteur privé et tous ceux qui, au Liban, laminés par une croissance molle et des inégalités, rejoignent au moins de cœur les protestataires qui battent le pavé. Cette catégorie de Libanais, qu’on appelle la classe moyenne, est, dans toute économie équilibrée, celle qui assure la stabilité et tire la croissance par la consommation. Elle est celle des Libanais, employés de la fonction publique et des grandes institutions privées, qui sont les plus attachés au Liban et les moins enclins à émigrer. Ce ne sont pas des manœuvres sans aptitudes, mais le plus souvent, des détenteurs de diplômes universitaires ou techniquement qualifiés. Ce sont, avec les entrepreneurs et le capital, une composante essentielle du schéma économique et du tissu social stable du Liban. Mais nos dirigeants n’ont les yeux de Chimène que pour les propos incendiaires d’Ahmad el-Assir, pour l’arsenal et le superbe dédain du Hezbollah. Pourtant, quelle occasion rêvée de ramener le débat public sur une problématique de fond, porteuse d’espoir. Comment ne pas se jeter sur cette protestation de la rue, en prendre la mesure, tenter de la résoudre et détourner les Libanais des marchands de mort? Pourquoi ne pas en faire l’équation première à résoudre et ridiculiser ceux qui nous promettent le paradis sur terre si nous votons pour eux, ou le paradis au ciel si nous mourons pour eux? Leurs auditoires réduits, ils pourraient plus difficilement recruter de mortels agitateurs. L’Etat responsable et à l’écoute des citoyens se verrait renforcé pour appliquer sa loi sans égard pour cette impudence qu’est «la sécurité à l’amiable». Le prétexte avancé pour éviter de répondre aux attentes des fonctionnaires est l’incapacité financière de l’Etat. Pourquoi ne pas louer un étage du Sérail ou transformer le Parlement en salle de cinéma, vu l’activité réduite en ces deux lieux? A prétexte grotesque, réponse risible. Réduire le train de vie de l’Etat, appliquer rigoureusement la collecte des impôts, éradiquer les fuites aux douanes, réduire la corruption et la fraude, inciter aux investissements demandeurs de main-d’œuvre libanaise, accélérer l’établissement de communications digitales dignes de ce nom, résoudre les coupures d’électricité, récupérer les biens spoliés de l’Etat. Travaux d’Hercule, direz-vous. Il faut bien commencer quelque part, en attendant, pour ne pas gonfler notre dette? Ne nous a-t-on pas promis pour la décennie à venir de nous noyer dans le gaz de nos fonds marins? A ceux qui ne partagent pas cette solution intermédiaire, je les renvoie à Paul Krugman, prix Nobel d’économie. Lui, et d’autres, sont favorables à une augmentation du déficit pour relancer l’économie et sauver la classe moyenne. Ne rien faire nous laisse face à deux scénarios: le premier, une révolte généralisée comme dans les pays arabes. Un scénario peu probable car, outre le facteur économique, le rejet de la dictature était un moteur de ces révoltes, ce qui n’est pas le cas au Liban. Le second est celui de la montée du populisme, de l’autoritarisme, et des partis radicaux et xénophobes, comme en Italie et en Grèce. Sauf qu’au Liban, les tenants de ces discours ont des barbes longues, des tuniques noires ou courtes et qu’ils n’ont pas l’humour du «Cavaliere».


 Amine Issa
   

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