Elie Ferzli. Un fin stratège
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Nº 2888 du vendredi 15 mars 2013

Elie Ferzli. Un fin stratège

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Il a la politique dans le sang. On a beau tenter de le faire parler de lui, il vous ramène à la politique, sa grande passion. Ancien député et vice-président de la Chambre, même loin du pouvoir, il est au cœur de l’actualité. Avec sa seule proposition de loi électorale, il a réussi à mélanger toutes les cartes. Excellent communicateur, fin stratège, Elie Ferzli sait comment tenir en haleine son interlocuteur. Portrait.


Chez les Ferzli, la politique est une affaire de famille. Son grand-père, son oncle et son père s’en mêlaient. Quant à lui, il est né dedans. Il est pris, le plus naturellement du monde, par cette atmosphère. «J’ai fait des études de Mathématiques élémentaires car mon père tenait absolument à ce que je devienne médecin pour m’éloigner de la politique». Son grand-père, Melhem Ferzli, était médecin, diplômé en 1900 de l’Université de Chicago. «J’ai fait deux ans de médecine. Mais le jour où il a fallu faire la dissection de la souris je n’ai pas pu le supporter, j’ai pris la fuite», confie Elie Ferzli. Il entame alors des études de droit, pour devenir avocat, à l’instar de son père et de son oncle. «J’étais passionné par le droit pénal. Pour moi, les plaidoiries étaient une sorte de show. Mais je n’ai pas eu l’occasion de pratiquer longtemps car, en 1976, j’ai eu l’intention de me présenter aux élections électorales. J’ai épousé Olga Chafic Skaff et je fus parrainé par Joseph Skaff. Mais, avec les événements, ceci ne s’est pas réalisé».

Préserver la coexistence
Avec le début de la guerre, il s’implique de plus en plus. «Mon principal souci a toujours été de préserver la coexistence. Je suis un militant de l’unité du Liban et ceci m’a valu des amis tout comme des ennemis». En 1983, en collaboration avec les évêques de la région et les milices de l’époque, il se bat pour mettre Zahlé à l’abri et pour qu’elle ne soit pas prise pour cible militaire. Sa deuxième grande bataille fut d’empêcher que le retrait des Israéliens de la Békaa-Ouest et de Rachaya n’embrase la région. «C’est une mission qui a pris des années de travail et qui m’a valu trois tentatives d’assassinat: la première par un pistolet braqué sur ma tête, ensuite une voiture piégée sur la route de Bar Elias et, finalement, l’explosion à l’archevêché grec-catholique de Zahlé».
En 1991, il est désigné député. Il est ensuite élu député et vice-président de la Chambre en 1992, 1996 et 2000. «Je fus ministre de l’Information, jusqu’au début de l’époque qui marque l’échec des Libanais à construire l’Etat sans la tutelle syrienne, tout comme ils avaient échoué dans la construction de celui de l’indépendance. A l’époque, Emile Eddé fut accusé de trahison et de vouloir maintenir le mandat français. D’après mon expérience, je suis sûr qu’il ne l’était pas, et de plus, il avait raison car les Libanais, malgré les grandes figures de 1943, n’étaient pas en état de créer et de consolider l’indépendance. Les Français ont laissé aux Libanais une justice, des administrations et des institutions qui fonctionnaient à merveille. Qu’en ont-ils fait? L’Etat libanais a échoué».

 

Grand défenseur des chrétiens
On ne peut pas s’empêcher, en présence d’Elie Ferzli, de s’égarer sur les chemins tortueux de la politique et d’écouter avec grand intérêt son analyse. «Je pense que les hommes, qui ont rejeté la tutelle syrienne après en avoir largement profité, ont voulu consolider leur pouvoir aux dépens des chrétiens du Liban. Il est vrai que les maronites ont commis des erreurs, mais le grand mensonge est de prétendre que la guerre contre eux avait pour but de rétablir la démocratie. Le but véritable était de leur ôter leur rôle prédominant et de les reléguer à un statut inférieur, celui de subordonné, dépendant des autres entités confessionnelles. On voulait détruire le visage chrétien du Liban».
Aucune amertume chez cet homme qui a connu dans sa vie des victoires et des défaites. En 2005, il est candidat malheureux aux élections. Cette défaite le laisse complètement indifférent et ne représente rien pour lui: «Après l’assassinat de Rafic Hariri, je m’attendais à un tel résultat mais j’avais quand même réalisé un score honorable pour un candidat indépendant. Dès le lendemain, ma porte était ouverte à tout le monde, comme si de rien n’était». Il échoue également en 2009. Mais à la veille des élections, Elie Ferzli réalise que le Liban avait bien changé. «L’échelle des valeurs, les principes, la culture… Rien n’était plus pareil. Le pays s’était transformé en groupes d’entités confessionnelles ayant chacune ses institutions, ses organes d’information, son financement, ses armes et ses relations internationales».   


Le projet de loi orthodoxe
Depuis ce jour, est né chez lui le désir de changer les choses. Elie Ferzli est le parrain du projet de la loi orthodoxe. Il estime que c’est la seule qui, contrairement aux affirmations de ses détracteurs, empêche la partition car elle élimine la subordination et l’allégeance. «J’ai travaillé en silence sans attirer l’attention sur ce que je faisais pour éviter justement la guerre menée actuellement contre ce projet de loi. Je me suis réuni discrètement avec tous les pôles chrétiens pendant des heures pour leur expliquer ma proposition. Ils veulent empêcher les chrétiens de tenir leur rôle. Je leur ai dit: levez vos mains des chrétiens et tendez-les leurs». Selon l’ancien vice-président de la Chambre, il n’existe pas de différences fondamentales entre maronites et orthodoxes qui pourraient être un obstacle à leur union. «Le projet de loi orthodoxe pourrait être une garantie pour toutes les minorités chrétiennes d’Orient. Il faut conserver le rôle prédominant des maronites et ne pas les réduire à la situation des Coptes d’Egypte». Ferzli considère que sa mission est la protection des chrétiens. «Depuis 1975, je me suis consacré à cette tâche. D’ailleurs même le patriarche Sfeir dans ses mémoires reconnaît mon rôle sur ce plan».
Sa longue expérience ne lui laisse aucune rancœur mais simplement l’impression que le niveau de la vie politique a bien baissé. «Je me sens étranger dans le monde politique. Il n’y a plus de culture chez les gens. A part quelques rares personnalités politiques, je ne sens pas qu’il existe des personnes dont je peux bénéficier intellectuellement». Passionné de politique, c’est son occupation principale 24/24 h au point qu’il lui reste peu de temps pour faire autre chose. Pourtant, Elie Ferzli aime le cinéma, en particulier les films d’action. Il est également fan de tarab, de chanteurs tels que Feyrouz, Sabah Fakhri, Oum Koulthoum, Wadih Safi… Sa devise: «Ne jamais réagir sous l’emprise de la colère car vous échoueriez immanquablement. Attends, observe, planifie et ensuite agis». Il se plaît également à répéter une citation attribuée à l’imam Chafii: «Mes propos sont justes mais peuvent contenir des erreurs. Les tiens sont faux mais comportent une part de vérité. Dis des mots meilleurs que les miens et je les dirai avec toi» …

Joëlle Seif

 

Ce qu’il en pense
-Tenue des élections législatives: «Je réponds toujours à cette question de la même manière: il m’importe peu qu’il y ait des élections. Ce qui m’importe c’est la loi électorale».
-Risque de fitna sunnite-chiite: «Le risque est grand et je fus le premier en Orient à tirer la sonnette d’alarme après l’assassinat de Rafic Hariri».
-Avenir de la Syrie: «Je pense que Bachar el-Assad restera au pouvoir. Je vois une grande coalition formée par l’Irak, la Jordanie et la Syrie pour mener une guerre contre l’extrémisme. La Syrie est devenue la terre du jihad et il y aura, dans les mois à venir, encore plus de violence. Ils ont intérêt à sauvegarder l’armée syrienne, car si celle-ci tombe, aucune puissance au monde ne pourra lutter contre l’extrémisme».

La technologie
Il y a quelques mois à peine, il ne comprenait rien à tout ce qui avait trait à la technologie. Les blogs, Facebook, Twitter, c’était du charabia pour lui. Mais en très peu de temps, il a réussi à se familiariser avec le social Networking, au point d’être classé deuxième parmi ceux ayant des followers sur Twitter, devançant ainsi Najib Mikati et Saad Hariri connus pour être actifs sur ces réseaux. «Au début, j’avais une allergie contre tous ceux qui passaient leur temps à manipuler leur téléphones et je passais le mien à les gronder. Il est vrai que l’être humain est l’ennemi de ce qu’il ne connaît pas. Aujourd’hui, je suis le numéro 2 sur Twitter au Liban avec plus de 4000 followers, j’ai plus de 5000 amis sur Facebook, ainsi qu’une page à mon nom, un blog, tout comme je sais créer un website, faire des présentations en PowerPoint, transformer des photos en film vidéo et partager des articles sur le Net», confie Elie Ferzli. C’est lui qui gère ses comptes personnellement. Il estime que la réalité de l’opinion publique, très souvent intoxiquée par une presse manipulée et dirigée, ne peut être perçue qu’à travers les réseaux sociaux.


 

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Éditorial
Frontières, vous dites!

En affirmant qu’un quart des habitants du Liban sont actuellement des réfugiés - syriens et palestiniens -, le président de la République Michel Sleiman met le doigt sur la plaie, béante et pestilentielle, qui risque d’entraîner la mort du patient si elle n’est pas soignée. Comparé à la population de la France, c’est 18 millions de réfugiés; à celle des Etats-Unis, 80 millions d’âmes. Que dire alors du Liban, pays au territoire exigu, malade de ses problèmes qui tournent tous, ou presque, autour de la démographie communautaire, maudite, certes, mais bien réelle? Malheureusement, il est peut-être trop tard! Fallait-il attendre tout ce temps pour mettre en garde contre le danger futur que représente pour la stabilité du Liban l’afflux discontinu et incontrôlé de réfugiés, légaux et illégaux? Faut-il s’étonner que le point de saturation ait été atteint, après toutes ces déclarations de nos responsables annonçant que le Liban ne fermera pas ses frontières et qu’il n’expulsera jamais un réfugié? Ce type de propos n’a-t-il pas encouragé, d’une certaine manière, de nombreux Syriens à traverser la frontière? Nous imaginons déjà la réaction de certains diplomates occidentaux et professionnels des droits de l’homme à la lecture de ces lignes. Ils vont crier au racisme, dénoncer notre intolérance, stigmatiser notre inhumanité… comme cet ambassadeur d’un pays européen qui avait pris la peine de nous écrire une (très longue) lettre, avec copie à l’Organisation internationale du travail, parce que nous avions «osé» publier une enquête sur les crimes commis par les employés de maison étrangers. Pour cadrer dans les normes de ce grand humaniste, il fallait uniquement évoquer les mauvais traitements infligés aux travailleurs étrangers au Liban - que nous dénonçons vigoureusement dans notre revue - et occulter l’autre partie de la vérité. C’est-à-dire qu’il ne faut pas rapporter le malheur de ces parents, dont la fillette a été balancée par le balcon, ou cette dame, assassinée par son employée de maison etc. Pour nous autres, sous-humains en voie d’être civilisés, la vérité est un tout indivisible, et doit être rapportée intégralement. Lorsque certains Libanais ont mis en garde contre les graves problèmes économiques, sociaux, politiques et sécuritaires que pourrait engendrer l’entrée massive de réfugiés au Liban, ils ont été traités de racistes par d’autres Libanais. Mesquines surenchères dictées par de basses considérations politiques et sectaires; à ceux qui se délectent déjà à l’idée de nous accuser de dérive confessionnelle, nous affirmons, sans hésiter, que même si ce million de réfugiés avait été chrétien et non pas sunnite, le Liban aurait été incapable de les accueillir. Quand certains ont proposé de fixer un plafond au nombre de réfugiés que le Liban est susceptible d’accueillir, des hypocrites se sont révoltés, comme des vierges effarouchées, en surenchérissant et en prodiguant des leçons d’humanisme. A ceux-là et à tous les autres, diplomates ou «marchands» des droits de l’homme - eh oui! c’est un business très fructueux -, nous affirmons que nous n’avons de leçons à recevoir de personne. Surtout pas des pays occidentaux qui ont fait de l’expulsion des réfugiés leur spécialité. Qu’est-il advenu de ces milliers de demandeurs d’asiles irakiens, reconduits manu militari aux frontières italiennes, néerlandaises, suédoises… Que sont devenus ces réfugiés irakiens, expulsés de force vers Bagdad par le Royaume-Uni en 2010, et qui portaient des traces de contusion, «suggérant qu’ils auraient pu être maltraités», comme l’avait signalé le haut-commissaire de l’Onu pour les réfugiés (HCR), Andrej Mahecic? Est-il utile de rappeler que toutes ces expulsions ont eu lieu en violation d’une résolution du Parlement européen datant de 2007? A ceux qui se révoltent, comme des innocents blessés dans l’âme, devant les appels au contrôle de nos frontières, nous disons que notre seule ambition est de copier l’attitude des Etats-Unis - pays envié et admiré par tant de Libanais - à leur frontière avec le Mexique. Mais rassurez-vous, nous n’irons pas jusqu’à voter au Parlement notre «Secure Fence Act», qui a autorisé l’Amérique à construire un mur de 1200 kilomètres le long de sa frontière avec le Mexique pour freiner l’immigration illégale. Nous l’affirmons haut et fort: la question des réfugiés est une bombe à retardement qui risque de détruire le Liban tel que nous l’avons connu, et avant nous nos pères et nos ancêtres. Assez de tergiversations et de mensonges, la solution doit être radicale.


 Paul Khalifeh
   

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